Judy
Maître Poète
Ma révérence
J’ai revêtu mes mots, sans gloire
D’un élégant costume noir
Chemise blanche avec plastron
Sous un gilet portant fleuron
Et puis sans leur compter fleurette
Rangé leur gousset à chainette…
Si passer, vous pouviez les voir
Vous agiteriez vos mouchoirs.
J’ai lacé, brillé leurs chaussures
Maudissant les éclaboussures
Du corbillard de mes adieux
Suivi d’un pas lent, silencieux.
Puis j’ai gelé leur émotion
Pour m'éviter toute effusion,
Gardant en souvenir leurs rires
Qui émoustillaient tant ma lyre…
Mais poursuivons sans discourir
D’un temps qui cherche à m’attendrir
Et ne prenons aucun retard
À accompagner le fuyard,
Aux sabots lourds du percheron
Qui fait gémir les longerons
Et larmoyer les roues de bois
Sur ces pavés plus que sournois…
J’ai chapeauté leur éloquence
Pour que le vent de l’indécence
Ne puisse aujourd’hui la suiffer
Ni même oser l’ébouriffer,
Offert canne à leur chemin
Pour mieux soutenir leur chagrin
Et un manteau de cachemire
À leur dos fourbu de soupirs.
Puis j’ai rallumé leur bougeoir
Meurtri par tant de faux espoirs
De mercis qui ne s'abîment
Serrés dans les bras de mes rimes
Et enfin couché sur mon cœur
Fleuri telle ultime demeure,
Ma plume loin d'être bénie
Sur tendre papier d’Arménie,
En lançant un dernier regard
Sur ce jongleur de nulle part
Et ses écrits bés de méprise
Qui font de moi cette incomprise,
Jetée au tiroir des maudits
Au silence qui m‘assourdit,
Poussée dans l’antre de l’oubli
Au soir d’une vie affaiblie.
Judy
Rédigé un soir ou j'ai eu grande envie d'abandonner définitivement la plume
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