L’ETOILE D’OR
J’ignorais que cet homme érudit que fut mon père-disparu en mars 1987- écrivait…J’ai retrouvé dans un tiroir cette Etoile d’or, manuscrit/brouillon, que j’ai du déchiffrer mot à mot, l’écriture de papa était telle celle d’un médecin : et au fur et à mesure de mon décryptage, j’ai découvert qu’il s’agissait non d’un conte, mais d’un poème riche en rimes, à la teneur profonde et pathétique…Je suis bouleversée et éblouie mon Papa….C’était un pauvre paysan
Qui cultivait depuis longtemps
Un tout petit lopin de terre.
Petit lopin de rien du tout,
Rien que du sable et des cailloux,
Quatre sarments sous la lumière.
Cet homme partageait son temps
Entre son dieu, sa femme et ses enfants,
Entre son champ et ses frères
Et n’avait pour seul trésor
Qu’une étoile d’or.
Un jour qu’il soignait ses raisins
Il vit venir tous ses voisins
En cavalcade à ses frontières.
Il vit briller leurs grands couteaux
Il leur dit « voulez-vous de l’eau ? »
Ils répondirent « on veut la terre ! »
« En quoi vous gêne-il mon champ ? »
Ils répondirent « allez va-t-en ! »
Il prit son livre de prières,
Il prit sa femme et ses enfants
Et son étoile d’or.
Ainsi partit le paysan
En traversant la nuit des temps
A la recherche d’une terre.
« Mes tares sont des torts, j’ai Ton courage
J’accepte même les marécages ! »
Il ne trouva que des ornières.
« Pas toi, t’es pas d’ici, t’as un accent !
Fais-toi prêteur ou bien marchand
Mais tu n’auras jamais de terre,
On se méfie de ton trésor,
De ton étoile d’or ! »
Faute d’avoir un champ de blé
L’homme se mit à cultiver
Son petit champ dans sa tête,
On le vit scribe et puis docteur,
Puis violoniste et professeur,
Peintre, savant ou bien poète.
« Tu fais du bruit, tu rends du vent !
T’as trop d’idées et trop d’argent !
T’es un danger pour qui t’approche !
On va te coudre sur la poche
« Ton étoile d’or ».
Et vint le temps des grands chasseurs,
Des chiens d’arrêt, des rabatteurs,
Ce fut vraiment la grande fête,
Demandez-le aux bons tireurs,
Avec l’étoile sur le cœur
On traque beaucoup mieux la bête !
Et notre pauvre paysan
Perdit sa femme et ses enfants,
Et puis le cœur, et puis la tête,
Il n’avait plus que son trésor
« Son étoile d’or »
Alors il traversa la mer
A la rencontre de sa terre,
C’était ou ça ou bien se pendre
« Revendez-moi mon vieux désert »
« Tu sais ça va te couter cher ! »
« Tant pis je prends », « tu peux le prendre ! »
Le temps de tracer un sillon
Un coup de feu à l’horizon,
Il bascule dans la poussière
Du sang par terre
Et sur son front une étoile d’or,
…Une étoile d’or…
Un coup de feu à l’horizon,
Il bascule dans la poussière
Du sang par terre
Et sur son front une étoile d’or,
…Une étoile d’or…
Raymond Samuel Lévi
Mon père…