ainariel
Nouveau poète
Les pères oublient
De William Livingston Larned
« Petit, écoute-moi…
Tu dors, la joue dans ta menotte et tes boucles blondes collées sur ton front moite. Je viens de me glisser dans ta chambre…
Je veux te faire un aveu : tout à l’heure, tandis que je lisais mon journal dans le bureau, j’ai été envahi d’une vague de remords… J’ai été un peu dur avec toi aujourd’hui.
Ce matin, tandis que tu te préparais pour l’école, je t’ai grondé parce que tu te contentais de passer la serviette humide sur le bout de ton nez. Je t’ai réprimandé parce que tes chaussures n’étaient pas cirées. J’ai crié quand tu as jeté tes jouets à terre. Pendant le petit déjeuner, je t’ai encore rappelé à l’ordre : tu renversais le lait, tu étendais trop de beurre sur ton pain, tu avalais tes bouchées sans mastiquer, tu mettais les coudes sur la table…
Au moment de partir, tu t’es retourné en agitant la main et tu m’as dit « au revoir, papa ! » Et je t’ai répondu en fronçant les sourcils : « Tiens-toi droit ! »
Le soir, même chanson ! En revenant de mon travail, je ‘ai guetté sur la route. Tu jouais aux billes, à genoux dans la poussière, tu avais déchiré tes bas ! Je t’ai humilié en face de tes camarades, et te faisant marcher devant moi jusqu’à la maison : « Les bas coûtent cher ! Si tu devais les payer, tu serais sans doute plus soigneux ! » (Imagine cela, petit, d’un père à son fils !)
Te souviens-tu ensuite ? Tu t’es glissé timidement, l’air malheureux dans mon bureau pendant que je travaillais. J’ai levé les yeux et je t’ai demandé avec impatience « Qu’est-ce que c’est ? » Tu n’as rien répondu, mais dans un élan irrésistible, tu as couru vers moi et tu as jeté tes bras autour de mon cou en me serrant avec cette dévotion touchante que Dieu a fait fleurir en ton cœur et que ma froideur même ne pouvait flétrir… Et puis, tu t’es enfui, et j’ai entendu tes petits pieds courant dans l’escalier.
Eh bien, mon fils, c’est alors que le livre a glissé de mes mains et qu’une terrible crainte m’a saisi. Voilà ce qu’avait fait de moi la manie des critiques et des reproches : un père grondeur ! Je te punissais de n’être qu’un enfant. Ce n’est pas que je manquais de tendresse mais j’attendais trop de ta jeunesse. Je te jugeais d’après l’expérience de mes années.
Et pourtant, il y a tant de générosité, tant de noblesse et de loyauté dans ton âme. Ton petit cœur est vaste comme l’aurore qui monte derrière les collines. Je n’en veux pour témoignage que ton élan spontané pour venir me souhaiter le bonsoir.
Oublions tout le reste !
Ce soir, je viens m’agenouiller, plein de remords, près de ton lit. Je sais que tu ne comprendrais point toutes ces choses si tu pouvais les entendre. Mais demain, tu verras, je serai un vrai papa. Je deviendrai ton copain, je rirai quand tu riras ; je pleurerai quand tu pleureras. Et si l’envie de gronder revient, je me mordrai la langue, et je ne cesserai de me répéter comme une litanie : « ce n’est qu’un enfant… un petit enfant ! »
J’ai eu tort. Je t’ai traité comme un homme. Maintenant que je te contemple dans ton petit lit, las et abandonné, je sais que tu n’es qu’un bébé.
Hier encore, tu étais dans les bras de ta mère, la tête sur son épaule… J’ai trop attendu de toi, beaucoup trop, pardonne-moi ! »
Cette tendre, émouvante et familière confession à l’enfant endormi fut reproduite dans des centaines de magazines et de journaux, récitée à la TSF, et traduit dans de nombreux pays.
Elle date à en juger par son contenu, mais elle reste cependant toujours d’actualité.
Je l’ai eue entre les mains quand mes enfants étaient petits, et je me suis plus d’une fois répétée cette litanie « Ce n’est qu’un enfant, un tout petit enfant… » Et cela m’a aidée à les élever avec amour et respect, à passer du temps avec eux, car les enfants grandissent et ce qu’on ne leur donne pas au moment où ils en ont besoin ne se rattrapera jamais, parce qu’on en peut pas revenir en arrière dans le temps.
J’ai eu des parents grondeurs et inattentifs, et je les en remercie, car ils m’ont montré le chemin à ne pas suivre. J’ai préféré être une mère présente, aimante et je suis aujourd’hui une maman comblée parce que tout l’amour que j’ai pu donner à mes enfants avant, toutes les fois où je mes suis mise de côté pour leur bien-être, tous les « sacrifices » que j’ai consenti pour eux, j’en suis récompensée aujourd’hui par l’amour que je lis dans leurs yeux. Plutôt que de gronder, j’ai conseillé. Plutôt que d’ignorer, j’ai soutenu. Plutôt que de punir, je leur ai fait assumer les conséquences de leurs actes.
C’est très difficile d’être parents, mais les enfants n’existent que par notre volonté : c’est nous qui les avons appelés à la vie, à nous d’assumer nos choix. Ils ne sont que le reflet de ce que nous leur avons donné. (ou pas) Dans le métier que j’exerce aujourd’hui, en rapport avec de petits enfants, je garde à l’esprit cette philosophie.
Puisse cette lettre aider tous les parents à retrouver le bon chemin, celui du cœur.
Puisse-t-elle aussi redonner courage et espoir aux enfants malheureux : même en étant mal aimé au départ, on peut toujours s’en sortir, si on le veut vraiment. Il suffit de s’entourer des bonnes personnes, et d’aimer pour de vrai. On ne peut pas plaire à tout le monde, c’est un fait. Alors rapprochons-nous de ceux qui nous estiment.
A lire sur ce site, « les enfants poètes » de René.
Merci à toi, mon ami, de nous rappeler qu’il ne faut pas juger, « les cris de haine sont les derniers mots d’amour » chantait Aznavour.
Vous pouvez bien entendu reprendre ce texte et le diffuser très largement autour de vous!