LES NOELS DE MON ENFANCE
CONCOURS
Qu’il me serait doux de remonter le temps
Et de mes yeux retrouver les senteurs
De ces Noëls merveilles, festons de rêves innocents.
Que refleurissent les murmures feutrés du bonheur !
Nous prenions l’autobus, Maman me tenant dans ses bras,
Je me souviens encore de la lueur liliale nous entourant,
Les guirlandes clignotaient dans les vitrines en falbala,
Nous allions passer Noël chez mes grands parents.
Papy avait pris sa journée
Et restait enfermé dans la chambre,
Je n’avais pas le droit d’y entrer.
Je m’amusais à colorier en paillettes d’ambre,
Maman s’affairait dans les casseroles et les saladiers
Concoctant un festin de roi dans la cuisine,
Il fallait que tout soit prêt, table décorée,
Avant que Mamy ne revienne de l’usine.
Mon père à son tour arrivait,
Papy sortait enfin, l’air mystérieux.
Une toute petite fille près de lui s’installait.
C’était le réveillon…l’un de ces réveillons si bleus…
Je grignotais ça et là, ce que je voulais.
Autour de moi, personne ne semblait avoir grand appétit.
Les entrées à peine touchées, ils se regardaient
D’un air complice, les visages réjouis.
Alors un bruit, (c’était mon père qui frappait sous la chaise)
« Ca y est ! Il est passé ! Il est passé ! »
Et le repas ne devenait que parenthèse,
Ils m’entrainaient dans la chambre à coucher.
J’étais blême, sans voix, les yeux écarquillés…
Sur le phono s’intensifiait l’inoubliable « Petit Papa Noël »,
Sur le fond d’un grand drap représentant un ciel noir étoilé
Se détachait l’Arbre… presque irréel…
Une petite maison recouverte de ouate floconneuse
Laissait entrevoir une cheminée éclairée,
Le poupon de ma mère avait pris l’allure rieuse
D’un Père Noël à barbe ensoleillée.
Devant le sapin, comme dans une vitrine de grand magasin,
S’alignaient mes jouets…je ne savais vers lequel me précipiter.
Puis mon père s’écriait d’un ton anodin
« Il est sans doute passé à Paris, il faut y aller ! »
Alors on s’engouffraient dans la voiture
Et allions à l’appartement de mes parents.
Nous montions au quatrième à toute allure,
Moi, fiévreuse, écarlate et le cœur battant.
Dans chacune des pièces des jouets m’attendaient.
Le temps de les découvrir, de les embrasser,
Nous retournions à Gennevilliers…déjà je dormais.
Papy me hissait dans le grand lit…ils allaient enfin déguster
La dinde farcie…quelque peu desséchée.
Que me reste-t-il de ces Noëls sacrés ?
Une grande boîte en carton poussiéreuse
Avec les reliques de la petite maison que Papy m’avait fabriquée,
Des guirlandes fanées, des boules ébréchées et piteuses…
Des photos jaunies retraçant ce passé,
Ce 78 tours de Tino Rossi
Que je ne peux écouter sans pleurer…
Je verse des larmes sur ce temps béni,
Aux souvenirs de ceux qui m’ont tant aimée.