benoit la plume
Maître Poète
LES MOLLUSQUES
Elle s’était mise un sombréro
Pour apporter de la gaité,
Mais les mollusques dès l’apéro
Ont voulu lui pourrir l’été.
Elle était fraîche et spontanée,
Ils étaient lourds, moralisant,
Troupeau blanchi sous le harnais
Au juste ton, en bien pensant.
Et ça fusa comme à minuit,
Quatorze juillet, feux d’artifice,
Tartes à la crème, propos recuits,
Essaim de guêpes entrant en lice.
Et son papa qui resta là
En son silence réprobateur…
Pour eux ? Pour elle ? On ne sait pas.
On ne sait pas où bat son cœur.
A ses amis à ménager ?
Croit-il qu’ils ont le juste mot ?
Ou à sa fille à protéger,
A lui sortir la tête de l’eau ?
Car il pleuvait en tourbillon,
Averse aigrie réprobatrice,
Car il pleuvait à gros bouillons,
Idées frustrées accusatrices.
« Il faut savoir être responsable.
La vie n’est pas une sinécure.
Elle détruit les châteaux de sable
Et des ados elle n’en a cure.
As-tu vraiment les pieds sur terre
A avaler tant de salade ?
La viande c’est bon pour les artères ;
Si tu t’en prives, tu restes en rade.
Et ce garçon, oui ton copain,
Ce fou furieux de carnaval,
En quelle couleur s’est-il repeint,
En blond platine ou en vert pâle ?
Et ce piercing dans ta narine,
Tu joues aux vaches de Normandie ?
Il t’a roulé dans la farine,
Il fait de toi une hippie.
Et ces idées de tatouage,
Ces gars, ces filles qui se dessinent
Ca dénature le paysage,
Mais où sont passées nos racines ?
Et ton travail très marginal ?
Mais là c’est vrai on est d’accord,
De façon très originale
On est conscient que tu t’en sors.
Mais imagine ce que serait
La société qui nous nourrit
Si nous aussi, désemparés,
On se livrait à ces folies.
Tu fais fausse route, mauvais chemin,
Et tu files un mauvais coton.
Il te faut vivre main dans la main,
En harmonie, à l’unisson. »
Et les mollusques bavaient, bavaient,
Du jus salé et du vinaigre.
Et le père se taisait, taisait,
Sa filiation se faisant maigre.
Mais elle en fait elle s’en fichait,
De leurs grands airs si biscornus,
De leur bêtise à pleins pichets,
Leur réussite à front cornu.
Quand les mollusques sont rassemblés
Et chantent en chœur jusqu’à la lie,
Nul ne voudrait leur ressembler,
Mieux vaut de loin sa propre vie.
Et elle sortit de la soirée,
Ayant compris l’esprit content,
Que les mollusques, s’ils ont foiré,
C’est pas la faute de leurs enfants.
Elle s’était mise un sombréro
Pour apporter de la gaité,
Mais les mollusques dès l’apéro
Ont voulu lui pourrir l’été.
Elle était fraîche et spontanée,
Ils étaient lourds, moralisant,
Troupeau blanchi sous le harnais
Au juste ton, en bien pensant.
Et ça fusa comme à minuit,
Quatorze juillet, feux d’artifice,
Tartes à la crème, propos recuits,
Essaim de guêpes entrant en lice.
Et son papa qui resta là
En son silence réprobateur…
Pour eux ? Pour elle ? On ne sait pas.
On ne sait pas où bat son cœur.
A ses amis à ménager ?
Croit-il qu’ils ont le juste mot ?
Ou à sa fille à protéger,
A lui sortir la tête de l’eau ?
Car il pleuvait en tourbillon,
Averse aigrie réprobatrice,
Car il pleuvait à gros bouillons,
Idées frustrées accusatrices.
« Il faut savoir être responsable.
La vie n’est pas une sinécure.
Elle détruit les châteaux de sable
Et des ados elle n’en a cure.
As-tu vraiment les pieds sur terre
A avaler tant de salade ?
La viande c’est bon pour les artères ;
Si tu t’en prives, tu restes en rade.
Et ce garçon, oui ton copain,
Ce fou furieux de carnaval,
En quelle couleur s’est-il repeint,
En blond platine ou en vert pâle ?
Et ce piercing dans ta narine,
Tu joues aux vaches de Normandie ?
Il t’a roulé dans la farine,
Il fait de toi une hippie.
Et ces idées de tatouage,
Ces gars, ces filles qui se dessinent
Ca dénature le paysage,
Mais où sont passées nos racines ?
Et ton travail très marginal ?
Mais là c’est vrai on est d’accord,
De façon très originale
On est conscient que tu t’en sors.
Mais imagine ce que serait
La société qui nous nourrit
Si nous aussi, désemparés,
On se livrait à ces folies.
Tu fais fausse route, mauvais chemin,
Et tu files un mauvais coton.
Il te faut vivre main dans la main,
En harmonie, à l’unisson. »
Et les mollusques bavaient, bavaient,
Du jus salé et du vinaigre.
Et le père se taisait, taisait,
Sa filiation se faisant maigre.
Mais elle en fait elle s’en fichait,
De leurs grands airs si biscornus,
De leur bêtise à pleins pichets,
Leur réussite à front cornu.
Quand les mollusques sont rassemblés
Et chantent en chœur jusqu’à la lie,
Nul ne voudrait leur ressembler,
Mieux vaut de loin sa propre vie.
Et elle sortit de la soirée,
Ayant compris l’esprit content,
Que les mollusques, s’ils ont foiré,
C’est pas la faute de leurs enfants.