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Le réverbère

Eléâzar

Maître Poète
Réverbère malsain qui clignotes et brilles
Avec ton feu sali tu fais de l’œil aux filles

Réprouvés naufragés de la rédemption
Le phare le voici cœurs en perdition

Près du quai où nage grasse et noire la Seine
Tu jaillis du trottoir comme une fleur obscène

Etrange lumignon d’hôtel borgne fanal
Tu apportes le soir un bien mauvais signal

Tu aides au début de la basse aventure
Ô toi sans qui la nuit pourrait être si pure

Tu souilles du halo de ton trouble regard
Les âmes bénies sous un visage hagard

Tu dessines avec tes cercles et tes raies
La danse de la nuit et l’enfant tu effraies

Ta lueur s’insinue à travers les volets
Ainsi qu’un cri plaintif de faubourgs désolés

Des suicidés dernier soleil que l’ombre emporte
Et qui s’en vont frôlant les murs de porte en porte

Tu éclaires les hors la loi les chiens perdus
Qui flairent sur les bancs les pauvres étendus

Tu veilles tes petits ces enfants de la pègre
Avec leurs yeux trop grands dans un visage maigre

Surgis hors des bistrots des caves des pavés
Tu accueilles tous ceux que la nuit a sauvés

Dans le silence louche et l’ombre reparue
Tu règnes sur ce monde informe de la rue

Lune d’un ciel fameux témoin désenchanté
Ironique veilleur de la vieille cité

Avec ton feu sali tu fais de l’œil aux filles
Réverbère malsain qui clignotes et brilles.
 
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