LE PETIT LIVRE DE LAITON
« SOUVENIR DU MORT HOMME 1916 »
« SOUVENIR DU MORT HOMME 1916 »
hors concours
C’est en déménageant la maison de mon enfance
Que j’ai découvert au fin fond d’un tiroir
Ce petit livre de laiton…provenant d’un obus.
Des souvenirs m’ont rappelé sa provenance,
Ma grand-mère m’avait souvent conté l’histoire
De cet oncle que je n’ai jamais connu.
Cet adolescent était parti à la grande guerre,
Laissant en pleurs sa jeune épousée,
Pour les sanglants rivages de la Meuse.
Tout juste marié et bientôt père,
Le voilà rampant parmi les barbelés
En des fosses putrides et bourbeuses.
A Mort Homme près de Douaumont,
Du fort de Vaux et de Verdun,
Dans ces tranchées le protégeant de la mitraille,
Il façonnait ce petit livre de laiton
En l’espérance d’heureux lendemains
Là, où l’on ne livrerait plus bataille.
Lorsque j’enserre ce petit livre en ma main
Je ressens les vibrations de son âme.
Assourdi par les cris, les fracas de l’artillerie,
Les hurlements de peur, de douleurs, les tocsins,
Il n’avait pour seule pensée que celle de sa femme
Et de ce petit être cher, son fils, sa vie.
En l’état de vieillard il est rentré au pays,
Capote et bandes molletières en lambeaux.
Il devait serrer très fort en ses mains décharnées
Son petit livre de laiton lorsque sa femme lui appris
Qu’une méningite avait mené leur fils au tombeau.
En larmes, il embrassa la terre…là où reposait son bébé.
Ce petit livre de laiton ou reste gravé
« Souvenir du Mort Homme 1916 » reste la bannière
De biens de vies, de bien de peines…
Après la mort de son mari…revenu gazé,
Cette tante recueillait sa nièce…ma grand-mère.
Elle lui a légué avec amour ses pauvres étrennes…
Ainsi ai-je retrouvé ce petit livre de laiton,
La croix de guerre de cet oncle méconnu,
Des photos qui me restent étrangères.
Cet homme, cette femme dont j’ai oublié les prénoms
Revivent en cet objet taillé dans un obus
Avec leurs initiales, enlacées de manière princière.
Ce petit livre de laiton relégué dans un tiroir
A ressenti les joies et les derniers souffles de mes grands parents,
De ma mère, il a tristement compris l’ agonie….
Aujourd’hui je l’ai sorti du noir,
Aux côtés de dents de lait et d’une montre d’antan
Il repose en lumière sur ma table de nuit…