Casbadji
Nouveau poète
LE PASSEUR DE VALISES
Trente six métiers, trente six misères
C'est c'que disait tout l'temps mon père
Pour résumer la vie d'enfer
Que nous menons sur cette galère
J'connais assez divers métiers
Soit à l'usine, soit au chantier
Mécanicien ou ouvrier
Peintre-batiment ou vitrier
Comme les demandes restent lettres mortes
J'ai donc fait le porte à porte
Pour un p'tit job et peu m'importe
Mais c'est en vain et je ...m'emporte
Alors un jour comme on causait
Autour d'un café bien dosé
Un chic dandy m'a proposé
Un truc génial et même osé
On m'offre ainsi un vrai billet
Aller-retour tous frais payés
Pour rendre visite aux Marseillais
A ces grossistes des vieux quartiers
Moi dans tout ça, je suis censé
Me débrouiller pour faire passer
Dans la douceur sans débourser
Deux grosses valises pleines à casser
En cas d'succès de l'entreprise,
Le chic dandy m'offrait en guise
De récompense pour chaque valise
Quelques billets rares en devise
Comme dans la vie j'ai pas eu d'veine
Rien que pépins, chagrin et peine
J'ai vite saisi cette belle aubaine
De voir MARSEILLE, la phocéenne
Alors sans trop me faire prier
J'ai accepté sans sourciller
Ce p'tit turbin, nouveau métier
Que tout chômeur m'aurait envié
Premier essai, premier succès
Tout c'est passé comme vous l'pensez
J'ai assuré la traversée
A mes valises, sans pots cassés
Ca m'a valu une promotion
Qui élargit mon champ d'action
Plusieurs voyages pour ces missions
Et une rapide augmentation
En y mettant art et manière
Je passe ainsi toutes les frontières
Qu'on me prédit une longue carrière
Et un succès dont je suis fier
Ainsi je suis passeur d'valises
Je connais Rome, mais pas Venise
Ni l’Colisee, ni Tour de Pise
L'histoire des ruines, c’est d'la bêtise
Pour moi la France et l'Italie
C'est Paris, Rome ou Napoli
Le même hôtel, le même lit
Un steak-frites ou ravioli
Là…, je profite pour m'amuser
Pour boire un coup sans abuser
Et pour flâner jusqu'à m'user
Un peu partout sauf aux musées
On marche ici au pas de course
Comme s'il y avait la peste aux trousses
Chacun pour soi et Dieu pour tous
Comme dans la jungle ou dans la brousse
Mais je connais assez Barbès
Ses p'tits bistrots et ses gonzesses
Là…, où je noie toute ma détresse
Dans un grand flot d'une fausse tendresse
Comme je m'y plais à l'Etranger
Tellement heureux, le coeur léger
Naturellement j'ai pour projet
D'y revenir pour m'y loger
Mais l'on revient vite à … Alger
La tête pleine, les bras chargés
De nos valises bourrées d'gadgets
De la friperie et Fabergé
Cette marchandise qu'on a là-bas
Dans ces valises et ces cabbas
Est destinée pour la Casbah
Pour Bab-el-Oued ou Lâkiba
Mais sans pitié et sans cadeau
On a derrière et sur le dos
Ces douaniers dont le crédo
Est :"Guerre et lutte au Trabendo!"
Que l'on soit jeune ou assez vieux
Franchir la douane, c'est périlleux
Juste un regard au fond des yeux
Qu'ça fait craquer les p'tits maffieux
Comme ce n'est pas toujours la fête
Un douanier à qui ma tête
Ne plaisait pas m'a fait le geste
De déballer valises et reste
Rien qu'en tâtant, il a compris
Par le volume de ma friperie
De sa variante et ses séries
Qu’un trabendiste va être pris
Moi qui rêvais de tout flanquer
Aimer la vie et la croquer
Je me suis donc fait embarqué
Après qu'on m'ait tout confisqué
Adieu Bangkok, adieu Paris
Adieu Damas, Marseille, Bari
Adieu devises, adieu Marie
Je reste chômeur en Algérie.
MERZAK OUABED
Alger, 1994
Trente six métiers, trente six misères
C'est c'que disait tout l'temps mon père
Pour résumer la vie d'enfer
Que nous menons sur cette galère
J'connais assez divers métiers
Soit à l'usine, soit au chantier
Mécanicien ou ouvrier
Peintre-batiment ou vitrier
Comme les demandes restent lettres mortes
J'ai donc fait le porte à porte
Pour un p'tit job et peu m'importe
Mais c'est en vain et je ...m'emporte
Alors un jour comme on causait
Autour d'un café bien dosé
Un chic dandy m'a proposé
Un truc génial et même osé
On m'offre ainsi un vrai billet
Aller-retour tous frais payés
Pour rendre visite aux Marseillais
A ces grossistes des vieux quartiers
Moi dans tout ça, je suis censé
Me débrouiller pour faire passer
Dans la douceur sans débourser
Deux grosses valises pleines à casser
En cas d'succès de l'entreprise,
Le chic dandy m'offrait en guise
De récompense pour chaque valise
Quelques billets rares en devise
Comme dans la vie j'ai pas eu d'veine
Rien que pépins, chagrin et peine
J'ai vite saisi cette belle aubaine
De voir MARSEILLE, la phocéenne
Alors sans trop me faire prier
J'ai accepté sans sourciller
Ce p'tit turbin, nouveau métier
Que tout chômeur m'aurait envié
Premier essai, premier succès
Tout c'est passé comme vous l'pensez
J'ai assuré la traversée
A mes valises, sans pots cassés
Ca m'a valu une promotion
Qui élargit mon champ d'action
Plusieurs voyages pour ces missions
Et une rapide augmentation
En y mettant art et manière
Je passe ainsi toutes les frontières
Qu'on me prédit une longue carrière
Et un succès dont je suis fier
Ainsi je suis passeur d'valises
Je connais Rome, mais pas Venise
Ni l’Colisee, ni Tour de Pise
L'histoire des ruines, c’est d'la bêtise
Pour moi la France et l'Italie
C'est Paris, Rome ou Napoli
Le même hôtel, le même lit
Un steak-frites ou ravioli
Là…, je profite pour m'amuser
Pour boire un coup sans abuser
Et pour flâner jusqu'à m'user
Un peu partout sauf aux musées
On marche ici au pas de course
Comme s'il y avait la peste aux trousses
Chacun pour soi et Dieu pour tous
Comme dans la jungle ou dans la brousse
Mais je connais assez Barbès
Ses p'tits bistrots et ses gonzesses
Là…, où je noie toute ma détresse
Dans un grand flot d'une fausse tendresse
Comme je m'y plais à l'Etranger
Tellement heureux, le coeur léger
Naturellement j'ai pour projet
D'y revenir pour m'y loger
Mais l'on revient vite à … Alger
La tête pleine, les bras chargés
De nos valises bourrées d'gadgets
De la friperie et Fabergé
Cette marchandise qu'on a là-bas
Dans ces valises et ces cabbas
Est destinée pour la Casbah
Pour Bab-el-Oued ou Lâkiba
Mais sans pitié et sans cadeau
On a derrière et sur le dos
Ces douaniers dont le crédo
Est :"Guerre et lutte au Trabendo!"
Que l'on soit jeune ou assez vieux
Franchir la douane, c'est périlleux
Juste un regard au fond des yeux
Qu'ça fait craquer les p'tits maffieux
Comme ce n'est pas toujours la fête
Un douanier à qui ma tête
Ne plaisait pas m'a fait le geste
De déballer valises et reste
Rien qu'en tâtant, il a compris
Par le volume de ma friperie
De sa variante et ses séries
Qu’un trabendiste va être pris
Moi qui rêvais de tout flanquer
Aimer la vie et la croquer
Je me suis donc fait embarqué
Après qu'on m'ait tout confisqué
Adieu Bangkok, adieu Paris
Adieu Damas, Marseille, Bari
Adieu devises, adieu Marie
Je reste chômeur en Algérie.
MERZAK OUABED
Alger, 1994