Le grillon et le boulanger
Emmené par erreur à la fin des vacances,
Débarqua sur Paris un grillon de Provence,
Tremblant et comprenant alors son infortune
Lorsqu’il se retrouva perdu sur le bitume.
Pas un seul carré de prairie, pas même d’herbe,
Pas le moindre bouton d’or jusqu’à l’horizon,
Poussant à la limite où son regard se perde,
Il ne voyait qu’alignées de grandes maisons.
Pas d’oiseaux non plus dans ce funeste domaine,
Mais des chalands pressés qu’il fallait éviter,
En s’écartant comme torero dans l’arène
Pour éviter de mourir, d’être piétiné.
Bousculé, ballotté, d’une issue incertaine,
Un soupirail lui semble être une aubaine
Dans lequel il plonge illico sans hésiter
Pour se retrouver tremblant chez un boulanger.
Cet artisan travaillait dans la solitude,
Ses outils avaient leur place par habitude
Et le bruit régulier que faisait son pétrin
Était précieux pour le travail de ses mains.
Prenant assurance dans ce confort douillet,
Notre ami le grillon, resté un temps muet,
Entonna tout joyeux son chant le moins discret,
Se croyant tombé dans son midi retrouvé.
Pour le boulanger, le trouble fut immédiat,
Jamais son beau pétrin n’avait fait ce bruit là,
Même lorsque fatigué aux petits matins,
Ses sons quelquefois paraissaient inopportuns.
Le grillon croyant alors trouver une oreille
Qui se prête à son chant et y trouve merveille,
Renouvela l’exploit, ce qui le confondit,
Et pour le boulanger le mit à sa merci.
Pour lui, l’affaire aurait du mal se terminer
Si cette impulsion qu’il avait pu dominer,
Au moment même ou son pied allait l’écraser,
Il s’était retenu et l’avait ramassé.
Depuis, lorsque le boulanger pétrit son pain,
Qu’il mélange la farine, l’eau, le levain,
Le chant du grillon accompagne son travail,
S’élevant joyeux au travers du soupirail.
Chibani