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L'Acrobate

Lagoon

Nouveau poète
Guidé par le regard de quelque cinéaste Voltigeant au delà de ces lumières fastes Un acrobate vole, et porté par les vents Il cherche la lueur de son foyer d'antan. "Ô cette cathédrale aux murs de pierres froides Qui a fait mon enfance ; le prêtre à l'âme sale Est-il vieux? Est-il fou? Est-il devenu pâle? Et son vieux corps chétif est-il devenu roide?" L'acrobate s'élance, les immeubles sillonne, Tours fragiles de verre, tours massives de fer, L'acrobate s'enlace et joue avec cet air Qui l'entoure ; et le prêtre sermonne. "Serai-ce donc le toit de mon ancienne école ; Celle où je fus la proie d'affreuses ignominies De moqueries qui mènent petit à petit A la solitude dont je suis protocole?" Ce vieil instituteur qu'il fût-ce malheureux Ou bien seul, ou bien saoul oh! oui j'aimerais mieux Qu'il perdît son cher chat, sa voiture ou ses biens... Ce vieil instituteur me traitant comme rien, J'aimerais qu'il me vît en l'air, tourbillonnant Libéré de ces craintes dont il fut garant Oh oui! Que j'aimerais qu'il s'en morde les doigts! C'est de ma souffrance que j'appris pas à pas A sortir d'un immonde monde, à m'évader Du haut de mon trapèze, pouvoir tout dominer Qu'un monde me regarde, acrobate raté Qui ne veut que voltiger ; souffrance envolée." Là, au dessus du pub où il voyait parfois Tous ces hommes saoulés cherchant des filles de joie Pour qu'ils puissent dépenser leurs gains du tiercé Dans les chambres, à sauter dans des lits déchirés, L'acrobate soupire, se perd en souvenirs, Toujours pour son public il garde le sourire, S'accroche à la barre du trapèze volant D'une main puis de l'autre, tel un pantin qui pend. Les lumières rondes qui s'embrassent, s'enlacent Éblouissent de haut cet inconnu qui danse ; Et il découvre le chemin de son enfance Encor- ; et il cherche l'Avenue "Pont de Glace'. Ses gestes valsent dans la clarté de la ville, L'acrobate est gracieux, mouvements non futiles, Il traverse une rue qui lui est familière ; Enfin, retrouve son foyer lui étant cher. Dans la lueur grandissante de l'astre Lune Dont le faisceau éclaire l'attendue demeure, Les yeux de l'acrobate s'emplissent de pleurs Telle la mer contrôlée du puissant Neptune. A l'aurore de la fenêtre, ses deux parents Coulent paisiblement leur vie des derniers jours. Devant leur fin de vie, l'acrobate impuissant Voit l'âtre s'enflammer. Des braises dans la cour S'éclatent, et en embrasant les ifs étant là, L'acrobate ne voit pas ses parents sortir, Pour la première fois s'efface son sourire... Il n'a pu à temps sauver ces humains de là. Il regrette enfin de ne pas être resté, D'avoir passé sa vie sur des barres à voler. L'acrobate détruit, l'acrobate meurtri, S'en veut à présent de cet amour qu'il perdit. Les flammes dansent, leur ardeur en reflète L'aboutissement à une vie trop surfaite ; L'acrobate à nouveau reprend ses vols ; atteste Au goût du renouveau un dénouement funeste. Rongé par le remord du haut de son trapèze Une dernière fois sur ses épaules pèse Le sanglot de l'absence d'un amour vrai ; il leste Son corps dans le vide. Cruelle fin funeste.
 
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