Pierrotlalune
Nouveau poète
La romance du petit chalet en bois rond (partie 1)
Voilà, c'est par là, tu vois là-bas au loin, tout au fond, juste à coté de la tale de peupliers géants, le long de la barre du jour.
C'est là que nous passerons nos trois prochains jours d'amoureux.
Je te l'avais bien dit que l'endroit était paradisiaque, vraiment je te le dis, c'est comme un rêve ici mais un rêve bien réel que tu peux toucher avec tes yeux.
On est loin de la civilisation qui s'active comme des fourmis désorientées, à des kilomètres des fausses priorités, des villes qui se prennent pour des déesses.
Nous avons encore plusieurs minutes de marche à faire, prenons notre temps, prenons le temps de le savourer par nos sens excités par tant de beauté.
Mais à quoi bon se dépêcher, il faut profiter de ce moment de paix, une richesse, une faille dans le temps, on dirait que le temps s'est arrêté un peu.
On est tous les deux ensemble et je compte bien qu'on profite de ce moment idyllique même si on pourra revenir encore et encore si tu veux, tu décideras.
Fais attention la terre est gelée par ici, tiens ma main pour ne pas tomber, on ne sait jamais, n'abîme pas ton corps si harmonieux.
Le chemin est un peu tortueux pour s'y rendre, je sais, c'est sauvage comme endroit et c'est pour ça que je l'ai choisi et parce qu'il le restera.
Personne n'a marché ici depuis un bon bout de temps, un bel endroit perdu juste pour nous, presqu'encore aucun sentier défriché.
Mais tu verras, ça vaut la peine, tout est beau entre ici et ma maison dans les bois, des paysages à couper le souffle tout d'un trait.
Une grosse neige tombe telles de lourdes peaux de lièvres à plein ciel qui se laisse choir de tout son long en couche feuilletée.
Entends-tu, tout est calme, aucun bruit dans la forêt, que nos pas, sans plus, que le cliquetis de nos semelles sur cette poudre blanche.
Je pense que les couples d'oiseaux sont partis se réchauffer entre eux, quelle bonne idée.
Tu vois, une grosse souche puis le reste de l'arbre brisé par les derniers grands vents du nord, il y en a pleins dans ces bois.
Et là, des traces de pattes de perdrix et là de renards roux sauvages, elles sont fraiches, on en verra peut-être un, ce serait adorable.
Ne crains riens, si jamais on en voit, ces bêtes ont plus peur de nous que nous d'eux.
L'air est frais même froid mais tellement pur, respire à plein poumons ce fumet naturel, comme c'est bon.
Il n'y a pas de vent, nous sommes entre deux montagnes enneigées presque à l'année à cette hauteur.
On voit mieux maintenant ma petite maison en bois rond au fond, petite mais confortable, tu verras, on est encore loin mais on approche.
Avant que tu arrives, j'ai pris soin d'y faire un feu de bois pour faciliter notre arrivée dans le foyer de pierres mais la neige a déjà recouvert mes précédents pas.
La cheminée rejette déjà une grosse fumée blanche qui s'envole lentement dans l'immensité du ciel gris et lourd.
Tu imagines la belle chaleur à l'intérieur dès qu'on ouvre la porte à peine grinçante et la bouffée qui apaise notre peau toute rouge de froid.
Tu imagines l'odeur de l'érable qui brûle avec son écorce gorgée de sève séchée dans le foyer.
Oui, je sais, ce n'est pas très chaud, juste le poids de l'air nous amortie un peu.
Arrête un peu, quel silence, comment le simple silence peut-il être aussi beau, aussi rempli.
J'anticipe de belles heures devant nous...
(À suivre...)