Depuis que Grand-Père nous avait quitté,
Grand-Mère avait mis le cap sur l'éternité.
De la chambre au fauteuil était son rituel imperturbable
Son sac à main ne la quittait jamais posé près d'elle sur la table.
Attendrissante et cocasse, tel un oiseau égaré,
Elle semblait seulement de passage, un peu désemparée.
Ses phrases se soldaient par quelques mots sybillins et colorés,
Leur ésothérisme figurant la survivance du passé
Ou traduisait quelque écriteau de l'au-delà
Vers lequel elle s'achemait à petits pas.
Jamais elle ne pontifiait comme le font souvent les vieillards,
Jamais de reproche, jamais d'objection, juste parfois un regard.
Mais l'air madré et l'oeil en coin, elle répondait toujours avec soin
Ou nous lancait une apostrophe avec un petit air malin.
Nous la vîmes encore quelques mois exhalant la fatigue du vent,
Rivée à son fauteuil et à son sac comme à ses jouets un enfant,
Puis alitée quelque temps, sereine comme une rivière usée,
Elle passa l'estuaire sans remous et rejoignit Grand-Père pour l'éternité.
Grand-Mère avait mis le cap sur l'éternité.
De la chambre au fauteuil était son rituel imperturbable
Son sac à main ne la quittait jamais posé près d'elle sur la table.
Attendrissante et cocasse, tel un oiseau égaré,
Elle semblait seulement de passage, un peu désemparée.
Ses phrases se soldaient par quelques mots sybillins et colorés,
Leur ésothérisme figurant la survivance du passé
Ou traduisait quelque écriteau de l'au-delà
Vers lequel elle s'achemait à petits pas.
Jamais elle ne pontifiait comme le font souvent les vieillards,
Jamais de reproche, jamais d'objection, juste parfois un regard.
Mais l'air madré et l'oeil en coin, elle répondait toujours avec soin
Ou nous lancait une apostrophe avec un petit air malin.
Nous la vîmes encore quelques mois exhalant la fatigue du vent,
Rivée à son fauteuil et à son sac comme à ses jouets un enfant,
Puis alitée quelque temps, sereine comme une rivière usée,
Elle passa l'estuaire sans remous et rejoignit Grand-Père pour l'éternité.