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La longue route

Eléâzar

Maître Poète
Je suis la route de terre
Qui longe les océans et les mers,
Traverse les plaines et les déserts,
Et court autour de la Terre.

Je choisis la sente lente qui frôle les fougères,
Où fleurent bon l’airelle, la délicate bruyère,
Dans le bois ombragé où perce une lumière
Entre chênes-lièges et sapins centenaires.

J’occupe l’espace vierge où claire une chimère
Au confluent des fjords et des larges banquises.
Un iceberg dérive à dix lieues de l’estuaire,
Promené, ballotté en solitude exquise.

Je frémis sous la soie de la main de velours,
L’écume de lait qui caresse et qui s’assied
Au bord d’un ventre lisse, aussi clair que le jour
Soyeux caillou-douceur, galet poli-lustré.

Je contemple, ébloui, le monde haï-chéri,
L’arc-en-ciel éclatant du front humble béni,
Les merveilles d’orgueil du grand peuple banni,
Blessé-écartelé, tailladé et meurtri.

Je défriche la jungle de la Casamance
Où des ébènes nus sont entrés dans la transe,
Aux rythmes des tambours, des danses lancinantes,
Des chants espoirs-amours, des rêves qui les hantent.

J’étreins les Inuits, Arméniens et Berbères,
Riches maillons de la chaîne des peuples fiers
De leurs rite et coutume hérités de leurs Pères
Nourris, dès le lointain, au sein rond de leurs Mères.

J’emprunte le sentier de terre
Qui serpente entre les rivières,
Visite les tribus, les familles et les clans
Agglutinés en essaim où les yeux brillant
De mille feux brûlants, font dilater les veines,
Canaux ensanglantés des mendiants et des reines.

Mes pieds couverts de boue tiennent fermes debout
Comme une armée d’acier décimant les tabous,
Protégeant l’effigie suspendue à mon cou,
Une image de Vous transpercé par des clous.

Je vois l’échelle grêle adossée aux nuages
Et franchis, sans ambages, les barreaux des étages.
Je frappe l’huis du Sage et veux voir le visage
Du grand mage annonçant le beau jour du Partage.

Je suis la route de terre,
les océans et les mers,
les plaines et les déserts,
Court autour de la Terre…

Je suis la route…

L’orage gronde, le tonnerre éructe de colère.
C’est la guerre. La foudre et les éclairs.
Le lion secoue sa crinière dans sa cage de fer.
J’appelle la route de pierres où poser mes sandales.
Je hèle le chemin plein, vainqueur sacral du Mal.

C’est l’hiver. La fin du voyage. Je quitte ma place.
C’est l’heure. Ai-je peur ? Je sens mon sang qui se glace.
Et ce miroir imbécile qui montre tout mais rien n’efface.
C’est qui, c’est quoi, cette ombre informe dans la glace ?

J’hurle de terreur sous le déluge purificateur
Des Grandes Eaux-douleur ruisselant dans mon coeur.
C’est mon dernier combat, mon dernier corps à corps.
Je vois en pleine gueule la face de la Mort.

Je jette mes haillons puant le fumier
Et roule, tôt, dans la première rosée.
Oint d’huile d’onagre et parfumé de jasmin,
Je vêts, tissée de lin, mon aube de satin.

Mes pas me guident ferme sur la voie royale
Qui me conduit en gloire à l’astre vespéral,
Où règne dans le noir, inaccessible étoile,
L’éclatante vestale sise en sa cathédrale.
 
Un chemin jalonné de vers qui tiennent en haleine...
jusqu'à la destination finale.
J'ai aimé. Merci .
 
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