L'ENFANT DES NUAGES
Née des nuages et des forces du vent
Je ris depuis la nuit des temps.
De caractère fougueux et boudeur
Je joue au gré de mes humeurs.
Ainsi je délaisse certaines géographies
Me déversant sur d'autres par simple défit.
Il me manque la maîtrise, la sagesse:
L'on renie sans cesse le nom de ma noblesse.
"Pourvu qu'il ne pleuve pas, qu'il fasse beau"
Serais-je laide, aurais-je tant de défauts?
Bannie des cérémonies, des fêtes estivales
L'on me rejette comme la peste, comme la gale.
Alors je rugis, je me fonds de colère,
Je tombe drue, brûlante je vocifère,
M'est égal des cultures, des terres engorgées,
Des rivières débordantes, des villes inondées.
Aux côtés du tonnerre et de la foudre
Je crie, de mon ressentiment je verse la poudre.
A la vue de la petite gent, de sa sueur, de ses vertus,
Face à cette ancestrale persévérance, je suis émue.
Je récompense parfois en de tendres et fines ondées,
Nourrissant de mon sang les sols ensemencés.
A ma clémence, l' astre roi profile en pastel
Une éphémère alliance, une arche dans le ciel.
Indomptable, insoumise, indisciplinée,
Je déploie d'infinies facettes au complexe alambiqué:
Giboulée, brouillasse, lavasse, embruns,
Averse, grain, trombe, crachin,
Je me fais battante, torrentielle, diluvienne,
En dégradés de somptueux gris, en sombre ébène.
Invincible, passagère ou saisonnière
Je traverse le monde rinçant sa poussière,
Je fais halte selon ma faim, mes fantaisies,
Çà et là je m'éparse à ma soif, à mes envies,
Intempestive, inopportune, je reste maître de moi-même
Souffrant de ne guère entendre des "je t'aime"