Dans la pièce étouffante les rideaux sont tirés.
Assise au pied des marches, belle et jambes croisées,
Et fière et sauvage et fatale, de mon regard
Cette tigresse de ses griffes acérées s'empare.
Cloué par ce brasier vivant, je la regarde,
De même, elle lève ses yeux de feu et baisse sa garde.
Brûlé vif comme un condamné, cette gazelle
M'a soudain l'air amadouée, pensive et frêle.
Et moi, dans son iris, alcool fort et tentant,
Qui brouille l'esprit et qui pétrifie le temps,
Je m'abreuve pour l'éternité dans la mine
De cette force pure, immobilité féline.
Un instant, ou bien un siècle peut-être dure
Avant que je ne détourne l'oeil. C'est si dur !
Pour moi qui l'eus domptée, maladroit plein de rage !,
De la voir sortir de ma vue et de sa cage !