JEUNES FILLES AU PIANO
hors concours
Dans le décor feutré et intimiste
D’une chambre de jeunes demoiselles,
Renoir a gravé l’image immortelle
De deux jouvencelles en teinte d’impressionniste.
Juchée aux cimaises du musée d’Orsay,
Au-delà des tentures et des brocards,
Cette toile a fasciné tant de regards
Au survol de ces candides portraits,
Depuis plus d’un siècle, figée à son clavier,
Les yeux fixés sur sa partition,
Cette fillette aux longs cheveux blonds
Déchiffre sous les conseils de son ainée.
Est-ce un effet de mon imagination ?
Soudainement le tableau s’anime,
La sonata III de Mozart s’exprime
Sur les touches d’ivoire et en leurs vibrations,
« Attention Delphine, mesure à quatre temps,
L’accord à un do dièse n’oublie pas !
Là, de clef de sol tu repasses en clef de fa,
Recommence…tu joues en hésitant ! »
« Oh Margot…j’en ai assez, depuis tout ce temps !
J’ai envie de m’amuser…d’une partie de bilboquet,
De jouer à chat perché, d’une bataille d’oreillers !
De me dégourdir les doigts quelques instants ! »
Alors des éclats de rire fusent et jaillissent
Aux lancers de coussins n’épargnant ni fleurs ni vase,
Les joues des ingénues s’enflamment et s’embrassent
En l’oubli du piano d’étude et de ses exercices…
Mais cette récréation s’achève promptement,
Delphine et Margot s’activent à remettre tout en place,
D’effacer ces minutes dilettantes de toute trace
Et redevenir ces modèles aux sages inclinements.
Non, je n’ai pu rêver…tout est bien réel :
Les robes me paraissent légèrement froissées,
Les rubans des chevelures semblent avoir glissés…
Est-ce l’apanage d’une vision intemporelle et irrationnelle ?