Filiatus
Maître Poète

Ce président, dont je m'impose
D'écrire la biographie
D'énormes problèmes me pose
Car je ne sais trop rien sur lui
En plus d'une brève carrière
Toujours assis entre deux chaises
Cet homme fut impopulaire
Et ça me met très mal à l'aise
D'un ministre d'Adolphe Thiers
Naît à Paris, dans le Premier
Le petit bébé Jean Paul Pierre
Alias Jean Casimir-Perier
On est à la fin de l'automne
De mil huit cent quarante-sept
Louis-Philippe sent que son trône
Est devenu une sellette
Et quand survient la République
Le petit Jean va à l'école
Puis quitte l'instruction publique
Quand l'Empereur prend son envol
Licence en droit, licence en lettres
Il les obtient tambour battant
Mais l'avocat qu'il devait être
S'efface pour un combattant
L'année où l'empereur décède
Jean épouse la belle Hélène
Hélène, ni belle ni laide
Lui, n'étant pas un phénomène
Jean entre dans la vie publique
Comme modeste secrétaire
Auprès d'un homme politique
Qui n'est autre que son vieux père
Bientôt le voila député
Même conseiller général
Pour qualifier ce pistonné
Fistonné serait idéal
Il est Secrétaire d'Etat
Dans le gouvernement Dufaure
Et n'a pas bougé d'un iota
Même après six ans d'efforts
Et quand Jules Grévy s'en va
Par Sadi Carnot, remplacé
Jean virevolte un septennat
Dans les couloirs de l'Assemblée
Puis sur le perchoir il se pose
Pour pouvoir poursuivre son somme
Jusqu'au jour où Carnot morose
Président du Conseil le nomme
Au printemps suivant, c'est bien triste
Sadi Carnot meurt sous la lame
De Caserio, un anarchiste
Ce qui change tout le programme
Et tandis que l'on guillotine
L'assassin en place de Grève
Dans les bureaux et les usines
D'un nouvel Alexandre on rêve
Malheureusement pour la France
Les concurrents sont ce qu'ils sont
Il n'est guère de différences
Entre Perrier, Dupuy, Brisson
Et finalement Jean l'emporte
Choisi par les grands électeurs
Mais que le bon peuple ne porte
Pas plus que ça au fond du cœur
Son mandat commence à l'envers
Car il a l'idée nonpareille
De prendre un de ses adversaires
Comme président du Conseil
Alors il ne peut plus rien faire
De se taire il est obligé
Car Jean est très impopulaire
Et n'a que ses yeux pour pleurer
Après six longs mois de martyr
Au bord de la crise il abdique
Et des affaires se retire
Ainsi que de la politique
On ne sait rien de sa retraite
Qu'il passe à Paris Notre-Dame
À part qu'en quatre-vingt-dix-sept
Emile Loubet le réclame
En mil neuf cent-sept, il trépasse
Dans sa soixantième année
Et par peur de la populace
Ses obsèques furent privées