J’ai peur
J’ai peur que cette douce passion qui tracasse mon âme
Ne connaisse une mort tragique et soudaine,
Causée par l’ignorance ou la fantaisie vaine,
Qui ferait de ma flamme rien qu’un élan infâme.
J’ai peur que la fleur dont l’odeur encore s’amène
Ne se dessèche sous la menace d’une étoile fuyante
Qui veut étancher sa soif au dépens de la charmante
Qui se laisse séduire d’une galanterie mondaine
J’ai peur que la rosée de mes pleurs
Refuse de redonner vie à cette belle fleur
Dont le parfum a aspergé notre rencontre
Et l’a gagné sur tout ce qui était à l’encontre
J’ai peur que cette beauté qui semble éternelle
Ne s’envole comme la fumée d’un volcan
Qui s’énerve sur l’azur innocent d’un ciel fiant
Jusqu’à assouvir sa visée irrationnelle
J’ai peur que le paysage au visage vert
Ne trahisse la muse pour accoucher mes vers
Sur les feuilles dorées de ton cœur inexploré;
Un malheur que j’aurais amèrement déploré.
Enfin j’ai peur que ce ne soit un autre le prince
A la flute altière qui fait vibrer les flancs minces
De la princesse aux pas divins qui percent le ciel
Pour jouir d’un plaisir plus haut que les gratte-ciels.