Filiatus
Maître Poète

Venu à la littérature
Soi-disant comme un météore
Il en sortira, il l'assure
D'un coup de foudre… s'il en sort
Car on n'a pas pu se résoudre
À oublier cet immortel
Qui n'est plus météore ou foudre
Mais tout simplement arc-en-ciel
Le cinq août mil huit cent cinquante
Dans la Normandie bien tranquille
Entre Dieppe et les Grandes-Ventes
Au château de Miromesnil
Naît ledit Guy, fils de Gustave
Et de Laure Le Poittevin
Amis chers d'un autre Gustave
Flaubert, dont ils sont les parrains
À treize ans, Guy est pensionnaire
D'un organisme religieux
C'est là qu'il fait ses premiers vers
Sévères envers le bon Dieu
En mil huit cent cinquante-quatre
Les Maupassant quittent leur ville
Pour un coin de Côte-d'Albâtre
Appelé Grainville-Ymauville
Deux années plus tard naît le frère
Cadet de Guy, nommé Hervé
Fort malheureusement le père
Peu soucieux de l'élever
Dans la Capitale s'installe
Avec l'aîné de ses enfants
Qu'il place au "Lycée Impérial"
[Lycée "Henri-Quatre", céans]
Or, le mari devient volage
Et sa femme, en tous ses états
Quitte le père et déménage
Avec ses fils, pour Étretat
Entre la mer et la campagne
Entre la pêche et les labours
Guy mène une vie de cocagne
Près de sa mère, son amour
Après des études sereines
Guy va passer le bac à Rouen
[Pas le bac qui passe la Seine
Mais le bachot, évidemment]
Avec son beau diplôme en poche
Guy tente son droit à Paris
Mais des bruits de bottes approchent
Les Prussiens sont dans le pays
Guy n'écoutant que son courage
S'engage dans l'artillerie
Mais l'ennemi prend l'avantage
Et très vite encercle Paris
La guerre cesse avec l'exil
De l'empereur Napoléon
Guy retourne dans le civil
Mais ne quitte pas la région
Son ami Gustave Flaubert
Lui trouve un job de rond-de-cuir
Dans un énorme ministère
Où il passe son temps à lire
À lire et aussi à écrire
Des contes pour grands et petits
Le succès commence à venir
Il se fait de nouveaux amis
Henri Brainne et Léon Fontaine
Deux de ses plus fidèles potes
Sur leur yole souvent l'emmènent
Canoter avec des cocottes
De Bezons à Croissy-sur-Seine
Chaque dimanche est un délice
Jusqu'au jour où ceux-ci apprennent
Que Guy couve la syphilis
Finies les balades sur l'onde
Terminées les danses sans fin
Au revoir tout ce petit monde
Guy retourne dans son écrin
D'autres amis déjà l'entourent
Zola et le peintre Becker
Ou encore Edmond de Goncourt
Suzanne Lagier et Flaubert
Il écrit "La Feuille de rose"
Et une "Histoire du vieux temps"
Quelques pièces à l'eau-de-rose
Mais au franc succès, cependant
Dans un ouvrage collectif
Aux écrivains naturalistes
Guy intègre "Boule de suif"
Une nouvelle réaliste
L'accueil est extraordinaire
La critique en reste baba
"C'est, affirme l'ami Flaubert
Un chef-d'œuvre qui restera"
Mais le brave Flaubert décède
Et Guy se sent comme orphelin
La mort de plus en plus l'obsède
Sa maladie n'arrangeant rien
De dépit, il taille sa plume
Et écrit le tome premier
D'un ouvrage en douze volumes
Baptisé "La Maison Tellier"
Parallèlement, il griffonne
Dans un journal hebdomadaire
Un grand feuilleton qui rayonne
À plus de vingt mille exemplaires
Léon Tolstoï, fort bien aimable
Dit que, dans la littérature
Française, après "Les Misérables"
Il ne voit d'œuvres aussi pures
Mais Guy est comme bien des hommes
Il tombe amoureux d'une gosse
S'empresse de croquer la pomme
Et refuse de prendre noces
Or la jeune fille est enceinte
D'un garçon dont il est papa
Et pour Guy c'est une contrainte
Lors, il ne le reconnaît pas
En échange il lui fait construire
Une maison en bord de mer
Où s'en vont vivre avec plaisir
Le petit Lucien et sa mère
C'est dans ce cadre poétique
Que Guy écrit deux grands romans
Deux histoires biographiques
"Bel-Ami' et puis "Pierre et Jean"
Seul il entame une odyssée
De l'Angleterre à l'Italie
Passe la Méditerranée
Sillonne la chaude Algérie
Au retour, toujours solitaire
À Marseille, il s'achète un cotre
Et sur l'eau en longeant la terre
Jusqu'à Nice il oublie les autres
Mais bientôt cette solitude
Cette hantise de la mort
Cette constante lassitude
De sentir se flétrir son corps
Cette lente décrépitude
De voir sa mère déprimer
Cette cruelle incertitude
De savoir son frère aliéné
Peu à peu le déséquilibrent
Le conduisant inconsciemment
Vers un suicide incoercible
Malgré son immense talent
Ami lecteur, si votre cœur
N'est pas fermement accroché
Sautez ces lignes de l'horreur
Car un coup de feu va claquer
Mais le chargeur était sans balle
Et Guy qui est encor debout
Casse une vitre de la salle
Et tente de s'ouvrir le cou
Comme la plaie est peu profonde
On le soigne et puis on l'enferme
Dans un asile, loin du monde
Où la mort sur lui se referme.