FENETRE SUR LE PASSE
Au sommet d’une colline surplombe le château,
Le Mont Ventoux escorté de plusieurs chaînons,
Champs de vignes s’allongeant jusqu’au coteau,
Ces parfums et chants de Provence sous ciel d’azur…
De respirer profondément face à cette liberté
Où ne surgissent nulle muraille nulle clôture
Entrainent mes souvenances vers d’autres sentiers.
De songer à mon enfance et son environnement,
De ce petit balcon qui agrémentait la salle à manger
En cet appartement Parisien où vivaient mes parents,
Du haut du 4ème j’aimais y paresser.
« Maman, maman ! y a le monsieur à la musique ! »
Ce vieil homme jouait de l’accordéon dans les rues.
Ma mère enveloppait quelques pièces modiques
En du papier de soie et moi en belle ingénue
Lui lançait cette aumône en riant.
Il ramassait son bien, nous faisant signe,
Otait son chapeau en remerciement
Et reprenait sa ritournelle, fier et si digne.
Il y avait aussi ce drôle de personnage
Qui sur trois notes criait « Papiers chiffons ferraille à vendre »
De me souvenir que ma mère à certains de ses passages
L’interpelait et lui lançait à sa demande
Un paquet de linge usagé savamment ficelé.
Lui aussi ôtait sa coiffe pour la saluer.
Sur trois notes également « Vitrier ! Vitrier ! »
Quel homme bizarre enrubanné dans des panneaux de verre !
Mais maman ne l’a jamais appelé
Malgré mes sourdes prières…
L’affuteur de couteaux proposait son labeur,
Le « Peau de lapin, Peaux de lapin ! »
M’intriguait et me faisait peur.
Une marchande de quatre saisons passait soir et matin
Trainant sa charrette,
Trainant sa silhouette…
Et j’ai grandi…les cris de Paris avaient disparu.
Mon champ de vision n’était guère vaste :
Juste entre deux pâtés de maisons…cette rue…
Mes regards s’attardaient sur la maison d’en face.
J’aimais particulièrement l’appartement de cette petite vieille
Au chignon rond et grisonnant hissé au sommet de son crâne.
Elle détenait un bric à brac de bibelots….des merveilles !
Elle allait de la fenêtre à son fauteuil aidée d’une canne.
J’aurais voulu connaitre la couleur de son papier peint,
Cartes postales et photos recouvraient ses murs.
Je croyais qu’elle possédait la poudre de perlimpinpin
…Disparaitre à ses yeux était plus sûr…
Il y avait tout en haut, au 7ème mansardé
Cette grosse dame blonde…poinçonneuse à la station Porte Dauphine.
Maman et la voisine disaient d’un air pincé
« Qu’elle ne savait pas faire la chose en sourdine ».
Et cette « gentille » grand-mère qui donnait à manger aux pigeons,
Mais d’une main experte et agile
Les faisait disparaitre dans son marmiton.
L’on ne revoyait jamais plus ces volatiles.
Les ans passaient et se succédaient les temps des cerises.
Installée sur le balcon je les dégustais
Mais était venu le temps des bêtises
Et les noyaux sur les passants je les crachais.
Je visais mal mais m’améliorais peu à peu
N’ayant plus aucune « munition »
Mais souhaitant conclure l’expérience de mon mieux
Ne me restait plus que crachats et postillons.
C’est alors qu’un bedonnant bien chauve
M’offrit son crâne luisant pour atterrissage.
Je lançais un gros mollard bien mauve
Qui éclatait pile poils sur le haut de son visage.
Il a levé les yeux sur moi avant que je ne disparaisse
Je ne l’avais pas loupé ! il chantait en allégro !
J’ai traversé l’appartement à toute vitesse
Et me cachais tremblotante sous le lavabo.
J’aimais par-dessus tout les jours d’été
Où maman installait le store, sorte de haut vent.
Une luminosité de douceur orangée
Balayait de chaleur l’appartement…
Le rire des filles qui jouaient à la corde à sauter,
Je les voyais tracer des marelles du haut de mon balcon.
Mais défendu pour moi d’aller les retrouver :
J’avais mes gammes sur le piano pour occupation…
hors concours
Fenêtre ouverte, de contempler mon horizon :Au sommet d’une colline surplombe le château,
Le Mont Ventoux escorté de plusieurs chaînons,
Champs de vignes s’allongeant jusqu’au coteau,
Ces parfums et chants de Provence sous ciel d’azur…
De respirer profondément face à cette liberté
Où ne surgissent nulle muraille nulle clôture
Entrainent mes souvenances vers d’autres sentiers.
De songer à mon enfance et son environnement,
De ce petit balcon qui agrémentait la salle à manger
En cet appartement Parisien où vivaient mes parents,
Du haut du 4ème j’aimais y paresser.
« Maman, maman ! y a le monsieur à la musique ! »
Ce vieil homme jouait de l’accordéon dans les rues.
Ma mère enveloppait quelques pièces modiques
En du papier de soie et moi en belle ingénue
Lui lançait cette aumône en riant.
Il ramassait son bien, nous faisant signe,
Otait son chapeau en remerciement
Et reprenait sa ritournelle, fier et si digne.
Il y avait aussi ce drôle de personnage
Qui sur trois notes criait « Papiers chiffons ferraille à vendre »
De me souvenir que ma mère à certains de ses passages
L’interpelait et lui lançait à sa demande
Un paquet de linge usagé savamment ficelé.
Lui aussi ôtait sa coiffe pour la saluer.
Sur trois notes également « Vitrier ! Vitrier ! »
Quel homme bizarre enrubanné dans des panneaux de verre !
Mais maman ne l’a jamais appelé
Malgré mes sourdes prières…
L’affuteur de couteaux proposait son labeur,
Le « Peau de lapin, Peaux de lapin ! »
M’intriguait et me faisait peur.
Une marchande de quatre saisons passait soir et matin
Trainant sa charrette,
Trainant sa silhouette…
Et j’ai grandi…les cris de Paris avaient disparu.
Mon champ de vision n’était guère vaste :
Juste entre deux pâtés de maisons…cette rue…
Mes regards s’attardaient sur la maison d’en face.
J’aimais particulièrement l’appartement de cette petite vieille
Au chignon rond et grisonnant hissé au sommet de son crâne.
Elle détenait un bric à brac de bibelots….des merveilles !
Elle allait de la fenêtre à son fauteuil aidée d’une canne.
J’aurais voulu connaitre la couleur de son papier peint,
Cartes postales et photos recouvraient ses murs.
Je croyais qu’elle possédait la poudre de perlimpinpin
…Disparaitre à ses yeux était plus sûr…
Il y avait tout en haut, au 7ème mansardé
Cette grosse dame blonde…poinçonneuse à la station Porte Dauphine.
Maman et la voisine disaient d’un air pincé
« Qu’elle ne savait pas faire la chose en sourdine ».
Et cette « gentille » grand-mère qui donnait à manger aux pigeons,
Mais d’une main experte et agile
Les faisait disparaitre dans son marmiton.
L’on ne revoyait jamais plus ces volatiles.
Les ans passaient et se succédaient les temps des cerises.
Installée sur le balcon je les dégustais
Mais était venu le temps des bêtises
Et les noyaux sur les passants je les crachais.
Je visais mal mais m’améliorais peu à peu
N’ayant plus aucune « munition »
Mais souhaitant conclure l’expérience de mon mieux
Ne me restait plus que crachats et postillons.
C’est alors qu’un bedonnant bien chauve
M’offrit son crâne luisant pour atterrissage.
Je lançais un gros mollard bien mauve
Qui éclatait pile poils sur le haut de son visage.
Il a levé les yeux sur moi avant que je ne disparaisse
Je ne l’avais pas loupé ! il chantait en allégro !
J’ai traversé l’appartement à toute vitesse
Et me cachais tremblotante sous le lavabo.
J’aimais par-dessus tout les jours d’été
Où maman installait le store, sorte de haut vent.
Une luminosité de douceur orangée
Balayait de chaleur l’appartement…
Le rire des filles qui jouaient à la corde à sauter,
Je les voyais tracer des marelles du haut de mon balcon.
Mais défendu pour moi d’aller les retrouver :
J’avais mes gammes sur le piano pour occupation…
Des larmes m’éveillent et coulent sur mon visage.
Il est temps de refermer la fenêtre des souvenirs,
Je vais aller dans le jardin sous les ombrages
En songeant au présent et à l’avenir.