laplumequiplume
Nouveau poète
Si j'ai grandi près du désert J'en ai appris le goût de l'eau, Son souvenir me désaltère Quand le soleil brûle ma peau. J'avais huit ans, les épineux Qui déchiraient mes vêtements Saignaient ma vie, marquaient mes jeux Bien plus que mes jeunes tourments. J'avais appris le lance-pierre Et m'amusais à déjouer Pour les oiseaux de ma volière Les pièges de la liberté. Mais j'ai grandi près du désert Et j'ai du sel sous le manteau Qui donne un goût un peu amer A cette larme sur ma peau. Pour les plombs de ma carabine La poudre était d'air comprimé Et les victimes j'imagine Avaient le temps de se cacher. A mes potences les pendus Se balançaient au gré du vent Qui balayait les dunes nues, Donjons de mes châteaux d'enfant. Mais j'ai grandi près du désert Où vient mourir le bruit de l'eau Dans le silence cimetière Quand on enterre les griots. J'ai fait des guerres, j'en ai perdues, J'ai du me battre avec des grands, A ce jeu là j'en ai connus Qui ont appris le prix du sang. Mais ils savaient ce que coûtait De reculer, de se soumettre, A cette école de la Paix Qui ne connaît ni Dieu ni Maître. Oui, j'ai grandi près du désert Et de mirages en marigots J'ai bu jusqu'à plus soif la mer Et j'ai perdu le goût de l'eau. Et si j'écris depuis toujours Entre les lignes à demi-mots Ce qu'il y a en haut des tours Des cathédrales et des châteaux C'est que je sais les cicatrices Laissées aux maisons de banco Par les rafales qui ne glissent Ni sur les murs ni sur la peau. Car j'ai grandi près du désert Où rien ne fait jamais écho Aux cris qui meurent sous la terre A l'heure où montent les sanglots. Viendra le temps, un jour ou l'autre De retourner dans le désert Semer le vent comme un apôtre Dirait sa dernière prière. Je panserai alors les plaies Qu'à mes genoux les épineux Ont tant et si profond creusées Que j'en aurai les larmes aux yeux. Et je mourrai dans le désert D'avoir cherché le goût de l'eau Trop près du nid d'une vipère En orpaillant le sable chaud. car... Si j'ai grandi près du désert J'en ai appris le goût de l'eau, mais... La vie laisse un goût bien trop amer Si bien que mes souvenirs aujourd’hui sonnent bien trop faux