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Demande en mariage

jackharris

Nouveau poète
Je place cet extrait du roman "Les deux coeurs" à l'intention de notre amie commune Alouette.
MERS-EL-KÉBIR, le 6 Juin 1961,
........
Je décidais alors d’adresser à son père
Une lettre expliquant notre situation
Pour lui prouver en plus combien j’étais sincère,
Que m’unir à Maryse était ma décision.
Agissant par instinct autant que par prudence
Je me disais qu’avec un courrier officiel
Cet homme ne pourrait, devant mon insistance,
Refuser un accord qui est traditionnel.
Il me fallait trouver la formule magique
Exprimant nos espoirs comme nos sentiments
Afin que de ce père arrive la réplique
Qu’avec joie il accepte avec ses compliments.


« - Cher Monsieur,
Aujourd’hui, si j’ai pris sur moi-même,
- Après mille détours, autant de réflexion,
- De m’adresser à vous dans ce moment suprême
- C’est que j’ose espérer sur la compréhension,
- Sur votre humanité, sur votre bienveillance
- A l’égard d’un enfant qui est fort malheureux
- Puisque, depuis des mois, il est loin de la France
- Dans un pays hostile et assez belliqueux.
- A quoi me servirait d’avoir de la franchise
- Si je restais, ainsi, inconscient du devoir ?
- Ô Monsieur !... vous savez combien j’aime Maryse,
- Vous connaissez aussi quel est mon désespoir.
- Plus d’un an est passé depuis notre rencontre,
- Un an que cet amour continue d’exister ;
- Dire que je suis fou, ma lettre vous le montre,
- Fou d’amour, à mourir, je peux vous le jurer.
- Oui, j’aime votre enfant et mon cœur bat pour elle,
- La vie qui l’a poussée un beau jour dans mes bras
- N’avait pas l’intention d’éveiller la querelle,
- Ni m’opposer à vous, à mon grand embarras.
- Je n’en ai, par ailleurs, ni l’envie, ni la force
- Puis, lutter contre vous ferait mon désespoir,
- Avec tout mon respect, j’aimerais que s’amorce
- Un lien qui, à coup sûr, ramènerait l’espoir
- Dans le fond d’un esprit livré à la détresse,
- A la désillusion, au désenchantement ;
- Vous seul pouvez, Monsieur, nous conduire à l’ivresse
- Par le fait de donner votre consentement.
- Peut-être, direz-vous, que j’ai beaucoup d’audace,
- Que je suis insouciant ou que je suis moqueur,
- N’en croyez surtout rien, si je reste tenace,
- Je forme le souhait de rester débiteur
- D’une vie qui ressemble à nulle autre pareille
- En amenant l’amour à son plus haut niveau,
- Dans une union sacrée, une pure merveille
- Et qui ne s’éteindra qu’à la mise au tombeau.
- Ô Monsieur !... cet amour que je porte en mon âme,
- Que je nourris en moi pour l’un de vos enfants
- Me fait vivre un atroce, un cruel, affreux drame
- Et vous avez pouvoir d’apaiser mes tourments.
- Ô je vous en conjure !... ô je vous le demande !...
- Ne me rejetez pas comme un vil vagabond ;
- Si je me livre à vous, si je me recommande,
- Si j’ai à votre égard un respect si profond
- C’est que j’ai là, Monsieur, une idée bien précise
- Qui est de devenir, pour vous, un autre fils,
- Pensez que vous feriez le bonheur de Maryse
- En acceptant, ce jour, que nous soyons unis.
- Songez, je vous en prie, songez à moi, à elle,
- Nous nous sommes aimés toujours très dignement,
- Et notre amour n’est pas une simple étincelle
- Qui risque de s’éteindre au moindre coup de vent.
- J’ai une dignité, vous devez le comprendre
- Et pourtant, aujourd’hui, je me place à vos pieds,
- Ayez cette bonté d’accepter de m’entendre,
- Ma démarche n’est pas celle d’un va-nu-pieds.
- De notre amour, le ciel en a fait les semailles ;
- Dans un but très précis il rapproche nos cœurs,
- Ô Monsieur !... acceptez de voir nos épousailles,
- Ne nous rejetez pas au sein des profondeurs.
- Nous avons enduré de cruelles blessures
- Par la séparation, la tristesse et l’ennui ;
- Un seul mot peut calmer toutes nos meurtrissures,
- Un mot, rien qu’un seul mot, Monsieur, direz-vous "Oui"?
- Auriez-vous le courage à jeter la détresse,
- De briser tout espoir au cœur de deux enfants ?
- Venant de votre part, une telle bassesse
- Vous laisserait indigne, et ces pauvres amants
- Placés sous la pression de forces déchirantes,
- Ne pouvant plus lutter, étouffant leur désir,
- Sans cesse rejetés par des vagues mouvantes
- N’auraient pour toute envie que celle d’en finir.
- Monsieur, ayez pitié, car le cœur qui se donne,
- Qui s’offre en sacrifice en un élan divin,
- Votre devoir de père, oui, le vôtre en personne,
- Est de venir vers lui, lui montrer le chemin.
- Sachez le protéger dans l’étrange bataille
- Qu’un destin trop ingrat peut lui faire subir ;
- Restez auprès de lui pour passer la mitraille,
- Ne soyez pas l’objet qui pourrait le tarir.
- Pensez à votre enfance et à votre jeunesse,
- N’avez-vous pas aimé, aussi, à votre temps ?
- N’avez-vous pas goûté à cette folle ivresse
- Qui transforme l’amour en merveilleux printemps ?
- N’êtes-vous pas comblé auprès de cette femme
- Qui vous a entouré d’une grande affection ?
- N’avez-vous pas souffert en subissant le drame
- Que fait peser le poids de la séparation ?
- En vous disant cela, c’est en toute innocence,
- Mais c’est sans doute aussi, un peu, pour vous montrer
- Que j’ai besoin de vous, et de votre indulgence
- Puisque, sans votre accord, je reste prisonnier.
- Vous nous feriez subir une atroce torture
- Ne pouvant empêcher cependant, qu’au retour,
- Viendrait le jour béni où nous pourrions conclure
- Par un geste sacré, l’union de notre amour.
- Ô Monsieur !... c’est certain, vous seul pouvez nous rendre
- A cette liberté si chère aux amoureux,
- Vous devez nous aider, vous saurez nous comprendre,
- Je ne devrai qu’à vous que nous soyons heureux.
- Pour ma part, vous avez déjà cette assurance
- Que je vous aimerai comme un fils, dignement,
- Quel que soit votre choix, je garde l’espérance
- Que vous aurez à cœur de calmer mon tourment.
- Monsieur, pardonnez-moi mon intrusion brutale
- Mais, pour le bien de tous, il faut que tout soit clair ;
- Si ma demande, un jour, devait m’être fatale,
- Si vous me déchiriez au profond de ma chair,
- N’en gardez pas rigueur, jamais, à votre fille,
- Maryse ignore tout, je ne lui ai rien dit,
- En voulant m’insérer parmi votre famille
- Je fais parler mon cœur, et que je sois maudit
- Si je cause le trouble ou sème le désordre
- Mon but n’était pas là, bien loin cette intention.
- Dès cet instant, Monsieur, je m’en tiens à votre ordre
- Avec tout mon respect, mais aussi soumission.» (7)
 
Oh, papy Jack! tu m'as encore fait pleurer.
quelle lettre magnifique.
comment fais-tu pour que les mots t'obéissent ainsi et se mettent en ordre parfait pour une danse aussi gracieuse?
serais-tu magicien?
 
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