D’AMBRE
Au fin fond des forêts, dans l’obscurité de l’écorce succincte, glisse inlassablement une goutte de cristal dans un grisement doré, une goutte de temps à l’ombre des vies en fleurs. Elle coule le long de cette écorce, stalactite-ambroisie, s’enfle comme une bulle jaune de s’enfler, s’étire, s’étend, s’étale, s’étoffe, soufflée dans une lacune forme, et, enfin, se fige dans un ultime tremblement.
Le silence surpris dans un élan sucré travaille dévotement sa forme. Cambré sur cette bulle de lumière, incorruptible, il soigne ses larmes dans une larme parfumée d’un soupir d’arbre. L’écorce, comme une peau de chagrin, se fait un sang d’ambre, et se tisse à l’amble une emphase de carbone qui frôle la pureté du diamant.
Cette perle des bois semble à une offrande à la transparence ; elle-même fille des forêts, elle est imprégnée parfois d’insectes à jamais gravés dans son enceinte tenasse, lettres-de-mouche-gangue-dorée, qui sont comme autant d’incrustissimes tâches solaires : ces macules ailées, incapable de voler (comprises qu’elles sont par une entomologiste nature), rivées dans un rêve d’immobiles aériennes bulles, constellées çà et là, et recelant (qui sait ?) des miasmes de mots fichés ainsi que des cris dans un tableau, baignent dans un embarras de miel et d’embruns électriques. C’est un soleil qui sourd silencieusement d’une courbe céleste, au sein duquel s’arrime l’avenir des vers, infrangible mystère étrange que l’œil étranger frôle sans jamais pouvoir réellement le caresser. Et pourtant…
- L’œil du poète est semblable à celui des arbres.
Juin 2007.