Filiatus
Maître Poète
Le juge de Californie
Avait-il raison ou bien tort ?
Pourquoi diable encore aujourd'hui
Éprouvons-nous tant de remords ?
Monsieur Caryl Chessman est mort
Nicolas Peyrac nous l'a dit
Je suis parfaitement d'accord
J'ajoute que le juge aussi
C'est au bord du lac Michigan
En mai mil neuf cent vingt et un
Que naît Caryl Witthier Chessman
D'un père à moitié bon à rien
L'autre moitié, c'est sa moitié
Qui passe des journées entières
À solfier et à versifier
Son cœur est rongé par les vers
Un sale accident de voiture
Rend la mère paralysée
Et Caryl a sur la figure
Le nez à jamais écrasé
En mil neuf cent vingt-neuf, la crise
Voit son père se suicider
Alors le gamin s'improvise
Cambrioleur, pour subsister
Peu à peu, il quitte l'enfance
Sans une main sur son épaule
Et entre dans la délinquance
Pour y jouer les premiers rôles
Kidnappings, vols d'automobiles
Cambriolages, à vingt ans
Il glane l'argent, paraît-il
Pour faire soigner sa maman
Mais les agressions et les viols
À bord de son coupé Ford, gris
Ne rapportent pas de pactole
Devant un flingue, c'est gratuit
Avec un gyrophare rouge
Il fait stopper les conductrices
Et avant que les proies ne bougent
Il leur inflige son supplice
Pendant des mois, on n'a de cesse
Que le violeur soit capturé
Jusqu'à ce qu'on le reconnaisse
À cause de son nez cassé
Caryl Chessman avoue ses crimes
Pour se rétracter aussitôt
Car il estime être victime
D'un insupportable complot
En février quarante-huit
Dans l'attente d'être jugé
Et que le juge enfin l'acquitte
Le bandit est incarcéré
Là, pour mieux connaître ses droits
Il étudie à fond le droit
Et au bout de quatre ou cinq mois
Il se dispense d'avocat
Il assume seul sa défense
Devant un tribunal retors
Or, malgré sa belle assurance
Le juge le condamne à mort
Mais un vice de procédure
Est dénoncé par un journal :
Un employé aux écritures
Transcrivait, ivre, au tribunal
Lentement le procès s'enlise
Une guerre d'experts se livre
Chessman profite de la crise
Pour pondre quatre excellents livres
Il émeut l'opinion publique
De New-York à San Francisco
Et aux confins de l'Atlantique
De Brassens à Gilbert Bécaud
C'est un feuilleton judiciaire
Qui perdure, en tout, douze années
Sans aucun retour en arrière
Pour le ministère obstiné
Le vingt mai mil neuf cent soixante
Le bandit est exécuté
Mais l'Amérique somnolente
Se prépare aux J.O. d'été
Avait-il raison ou bien tort ?
Pourquoi diable encore aujourd'hui
Éprouvons-nous tant de remords ?
Monsieur Caryl Chessman est mort
Nicolas Peyrac nous l'a dit
Je suis parfaitement d'accord
J'ajoute que le juge aussi
C'est au bord du lac Michigan
En mai mil neuf cent vingt et un
Que naît Caryl Witthier Chessman
D'un père à moitié bon à rien
L'autre moitié, c'est sa moitié
Qui passe des journées entières
À solfier et à versifier
Son cœur est rongé par les vers
Un sale accident de voiture
Rend la mère paralysée
Et Caryl a sur la figure
Le nez à jamais écrasé
En mil neuf cent vingt-neuf, la crise
Voit son père se suicider
Alors le gamin s'improvise
Cambrioleur, pour subsister
Peu à peu, il quitte l'enfance
Sans une main sur son épaule
Et entre dans la délinquance
Pour y jouer les premiers rôles
Kidnappings, vols d'automobiles
Cambriolages, à vingt ans
Il glane l'argent, paraît-il
Pour faire soigner sa maman
Mais les agressions et les viols
À bord de son coupé Ford, gris
Ne rapportent pas de pactole
Devant un flingue, c'est gratuit
Avec un gyrophare rouge
Il fait stopper les conductrices
Et avant que les proies ne bougent
Il leur inflige son supplice
Pendant des mois, on n'a de cesse
Que le violeur soit capturé
Jusqu'à ce qu'on le reconnaisse
À cause de son nez cassé
Caryl Chessman avoue ses crimes
Pour se rétracter aussitôt
Car il estime être victime
D'un insupportable complot
En février quarante-huit
Dans l'attente d'être jugé
Et que le juge enfin l'acquitte
Le bandit est incarcéré
Là, pour mieux connaître ses droits
Il étudie à fond le droit
Et au bout de quatre ou cinq mois
Il se dispense d'avocat
Il assume seul sa défense
Devant un tribunal retors
Or, malgré sa belle assurance
Le juge le condamne à mort
Mais un vice de procédure
Est dénoncé par un journal :
Un employé aux écritures
Transcrivait, ivre, au tribunal
Lentement le procès s'enlise
Une guerre d'experts se livre
Chessman profite de la crise
Pour pondre quatre excellents livres
Il émeut l'opinion publique
De New-York à San Francisco
Et aux confins de l'Atlantique
De Brassens à Gilbert Bécaud
C'est un feuilleton judiciaire
Qui perdure, en tout, douze années
Sans aucun retour en arrière
Pour le ministère obstiné
Le vingt mai mil neuf cent soixante
Le bandit est exécuté
Mais l'Amérique somnolente
Se prépare aux J.O. d'été