Yen95
Poète libéré
Autour de moi
son ombre se déploie,
immense, silencieuse,
plus vaste que mon propre souffle.
Elle glisse au-dessus de moi
comme un Détraqueur,
et je sens, lentement,
ma lumière se retirer.
Le monde pâlit.
Les couleurs se noient.
L’air devient lourd,
presque liquide.
Il y a des mots en moi.
Des mots brûlants,
pressés contre mes dents,
au bord de mes lèvres tremblantes.
Ils frappent,
ils supplient,
ils veulent naître.
Mais si la digue cède,
si la fissure s’ouvre,
c’est tout l’édifice
qui s’effondre.
Alors je les ravale.
Je les ensevelis.
Autour, le bruit monte.
Une marée sourde.
Un grondement sans visage.
Je vois vos lèvres remuer
comme derrière une vitre épaisse.
Je vois les gestes,
les formes,
les silhouettes.
Je vois tout.
Sous moi, la faille respire.
Un gouffre béant, patient,
qui attend que je glisse.
Vous passez au bord.
Vous ne regardez pas.
Vous ne le voyez pas.
Moi,
je sens déjà le vertige.
L’air manque.
Le bruit enfle.
Tout vacille.
Puis —
je ferme les yeux.
Une main invisible
se pose sur ma poitrine.
Je compte.
Un.
Deux.
Trois.
L’air revient,
fragile d’abord,
comme un fil trop fin pour soutenir le monde.
Je le tiens quand même.
Le gouffre ne disparaît pas.
Mais il cesse de hurler.
Il devient distance.
Il devient profondeur.
Le bruit s’éloigne.
Les contours reviennent.
Vos visages reprennent forme.
Le sol retrouve sa place
sous mes pieds tremblants.
Mon cœur ralentit.
Il frappe encore,
mais il ne fuit plus.
L’ombre est toujours là —
mais elle n’aspire plus.
Et dans le silence revenu,
je découvre
que je respire encore.
Et que cela suffit
pour rester.
son ombre se déploie,
immense, silencieuse,
plus vaste que mon propre souffle.
Elle glisse au-dessus de moi
comme un Détraqueur,
et je sens, lentement,
ma lumière se retirer.
Le monde pâlit.
Les couleurs se noient.
L’air devient lourd,
presque liquide.
Il y a des mots en moi.
Des mots brûlants,
pressés contre mes dents,
au bord de mes lèvres tremblantes.
Ils frappent,
ils supplient,
ils veulent naître.
Mais si la digue cède,
si la fissure s’ouvre,
c’est tout l’édifice
qui s’effondre.
Alors je les ravale.
Je les ensevelis.
Autour, le bruit monte.
Une marée sourde.
Un grondement sans visage.
Je vois vos lèvres remuer
comme derrière une vitre épaisse.
Je vois les gestes,
les formes,
les silhouettes.
Je vois tout.
Sous moi, la faille respire.
Un gouffre béant, patient,
qui attend que je glisse.
Vous passez au bord.
Vous ne regardez pas.
Vous ne le voyez pas.
Moi,
je sens déjà le vertige.
L’air manque.
Le bruit enfle.
Tout vacille.
Puis —
je ferme les yeux.
Une main invisible
se pose sur ma poitrine.
Je compte.
Un.
Deux.
Trois.
L’air revient,
fragile d’abord,
comme un fil trop fin pour soutenir le monde.
Je le tiens quand même.
Le gouffre ne disparaît pas.
Mais il cesse de hurler.
Il devient distance.
Il devient profondeur.
Le bruit s’éloigne.
Les contours reviennent.
Vos visages reprennent forme.
Le sol retrouve sa place
sous mes pieds tremblants.
Mon cœur ralentit.
Il frappe encore,
mais il ne fuit plus.
L’ombre est toujours là —
mais elle n’aspire plus.
Et dans le silence revenu,
je découvre
que je respire encore.
Et que cela suffit
pour rester.