Filiatus
Maître Poète

L'amiral Darlan, comment dire
Ce n'est pas ma tasse de thé
Mais je me suis promis d'écrire
La vie des têtes couronnées
Et celle des grands de ce monde
Alors je dois me résigner
Même si une bête immonde
Tente parfois de gouverner
Si l'amiral est infernal
Il ne l'est pas plus que Laval
Ou que monsieur le Maréchal
Ou que le petit Caporal
C'est aux premiers jours de l'automne
De mil huit cent quatre-vingt-un
À Nérac, en Lot-et-Garonne
Que naît notre futur marin
Il est le fils de Jean-Baptiste
Un député républicain
Mais point de mère au monde existe
Pour le gosse tôt orphelin
Le père, au destin national
En pension, place son enfant
Qui entre à l'École navale
Lorsqu'il atteint ses dix-huit ans
Mais le gamin est efficace
En cinq années sur les bateaux
D'aspirant de deuxième classe
Il passe enseigne de vaisseau
À trente ans, il prend pour épouse
Une demoiselle Morgan
Qui à l'été mil neuf cent douze
Lui donne son unique enfant
L'an suivant, il est capitaine
Lieutenant de vaisseau, dit-on
Et quand la guerre, au front l'entraîne
Il est le premier sur le pont
Mais il quitte sa passerelle
Pour rejoindre les canonniers
Qui, du matin au soir harcèlent
Pendant quatre années les Frisés
Lorsque la guerre enfin s'arrête
Il complète ses épaulettes
Par une nouvelle barrette
De capitaine de corvette
Ainsi se poursuit, morne et plate
Sa destinée au fil de l'eau
De capitaine de frégate
À capitaine de vaisseau
Et puis il change de registre
Il est, à quarante-cinq ans
Chef de cabinet du ministre
De la Marine, évidemment
Quand survient le Front populaire
Il est nommé vice-amiral
Et, à la veille de la guerre
Chef d'état-major général
Lors, en juin mil neuf cent quarante
Pétain, que la paix turlupine
Lui cède la place vacante
De ministre de la Marine
Bientôt Darlan perd les pédales
Il sert si bien les Allemands
Que subjugué, le Maréchal
Le fait chef du gouvernement
Mais sa flagornerie inquiète
Il n'est pas un homme d'état
Aussi après tant de courbettes
Le vieux maréchal le foudroie
Détrôné par Pierre Laval
L'Amiral reprend du service
À la tête de la bancale
Armée dite "de l'armistice"
Présent à Alger quand débarquent
Les alliés nord-américains
Il propose au général Clark
De lui donner le coup de main
Furieux, l'amiral de Laborde
Chef de la flotte de Toulon
Sur l'ordre de Pétain, saborde
Cuirassés, croiseurs, porte-avions
Et pour punir Darlan, le lâche
Un jeune étudiant algérois
Dans le dos, d'un grand coup d'eustache
Au diable l'Amiral envoie.