Filiatus
Maître Poète
Elle était une délinquante
Parce qu'elle était prostituée
Qu'elle vivait dans des sous-pentes
Avec des amis malfamés
Aujourd'hui, on la plaindrait presque
Tant la société a changé
Et son gagne-pain romanesque
N'a d'égal que sa pauvreté
"Casque d'Or", en vrai se prénomme
Amélie, un joli prénom
Mais déjà haut comme trois pommes
L'enfant ayant les cheveux blonds
À son école buissonnière
Ses copains, de joyeux lurons
D'une tendresse familière
Lui donne ce joli surnom
Le père, la mère et la fille
Quittent Orléans un matin
Et à Paris, cette famille
S'installe en quartier haussmannien
Contrairement aux apparences
Le onzième arrondissement
Est un quartier où la violence
Est la pire pour les enfants
Lors, la petite orléanaise
Se met sur-le-champ en ménage
À treize ans, oui j'ai bien dit "treize"
Avec un amant du même âge
D'autorité, on les sépare
Et chacun retourne chez soi
La pauvrette, dans son dortoir
Sous les ponts, pour le pauvre gars
L'année suivante meurt sa mère
Et le père étant disparu
Casque d'Or vit une galère
Toute démunie dans la rue
Recueillie par une comtesse
Comtesse, reine d'un tapin
Amélie devient sa maîtresse
Et pour elle fait la catin
Elle travaille sans relâche
Dans son petit coin de Far-West
Bien acceptée par les Apaches
Les voyous de la banlieue-Est
La comtesse devient mesquine
Et jalouse par dessus tout
Aussi Amélie se débine
Et se pend à un autre cou
Mais ce cou-là est un coup sale
Car le voyou donne des coups
Alors dès la trêve hivernale
Elle prend ses jambes au cou
D'aventures en aventures
Ses amants se faisant larguer
Après une bonne biture
Les cocus veulent s'entre-tuer
Pour les beaux yeux de la donzelle
Chacun son tour se fait blesser
La presse qui vient aux nouvelles
Accuse la maréchaussée :
"C'est une honte, une hérésie
De voir en plein jour ces bagarres !"
[Quoique de nos jours à Paris
On n'en fait pas autant d'histoire]
La France apprenant cette affaire
Ne comprend pas la polémique
Se battre pour une bergère
Quand on est loup, c'est romantique
Les musiciens, pour eux composent
Des complaintes à tour de bras
Des peintres font prendre la pose
À Casque d'Or et ses malfrats
On leur écrit, pour le théâtre
Une pièce violente et drôle
Où faisant mine de se battre
Les loubards jouent leur propre rôle
Mais la justice les rattrape
Et un procès s'ouvre à Paris
Alors de son glaive, elle frappe
Durement les amants transis
Tous deux sont condamnés au bagne
De Cayenne, aux travaux forcés
Casque d'Or seulement témoigne
Elle n'est en rien accusée
Elle reprend sa vie errante
Pendant quelques courtes années
Jusqu'à ce jour où se présente
Un gentil petit cordonnier
En janvier mil neuf cent dix-sept
Après quelques mois à la colle
Dans le quartier de la Villette
Avec son homme elle convole
Elle apprend la bonneterie
Et pendant qu'André ressemelle
Dans la soie enfin elle rit
De cette heureuse vie nouvelle
Durant seize ans elle chantonne
Sur les marchés de Bagnolet
Des Lilas, Montreuil et Charonne
"Ils sont pas chers mes beaux bonnets !"
Amélie, de la phtisie, meurt
Début mil neuf cent trente-trois
Nul homme, plus même son cœur
Pour sa toison ne se battra
Parce qu'elle était prostituée
Qu'elle vivait dans des sous-pentes
Avec des amis malfamés
Aujourd'hui, on la plaindrait presque
Tant la société a changé
Et son gagne-pain romanesque
N'a d'égal que sa pauvreté
"Casque d'Or", en vrai se prénomme
Amélie, un joli prénom
Mais déjà haut comme trois pommes
L'enfant ayant les cheveux blonds
À son école buissonnière
Ses copains, de joyeux lurons
D'une tendresse familière
Lui donne ce joli surnom
Le père, la mère et la fille
Quittent Orléans un matin
Et à Paris, cette famille
S'installe en quartier haussmannien
Contrairement aux apparences
Le onzième arrondissement
Est un quartier où la violence
Est la pire pour les enfants
Lors, la petite orléanaise
Se met sur-le-champ en ménage
À treize ans, oui j'ai bien dit "treize"
Avec un amant du même âge
D'autorité, on les sépare
Et chacun retourne chez soi
La pauvrette, dans son dortoir
Sous les ponts, pour le pauvre gars
L'année suivante meurt sa mère
Et le père étant disparu
Casque d'Or vit une galère
Toute démunie dans la rue
Recueillie par une comtesse
Comtesse, reine d'un tapin
Amélie devient sa maîtresse
Et pour elle fait la catin
Elle travaille sans relâche
Dans son petit coin de Far-West
Bien acceptée par les Apaches
Les voyous de la banlieue-Est
La comtesse devient mesquine
Et jalouse par dessus tout
Aussi Amélie se débine
Et se pend à un autre cou
Mais ce cou-là est un coup sale
Car le voyou donne des coups
Alors dès la trêve hivernale
Elle prend ses jambes au cou
D'aventures en aventures
Ses amants se faisant larguer
Après une bonne biture
Les cocus veulent s'entre-tuer
Pour les beaux yeux de la donzelle
Chacun son tour se fait blesser
La presse qui vient aux nouvelles
Accuse la maréchaussée :
"C'est une honte, une hérésie
De voir en plein jour ces bagarres !"
[Quoique de nos jours à Paris
On n'en fait pas autant d'histoire]
La France apprenant cette affaire
Ne comprend pas la polémique
Se battre pour une bergère
Quand on est loup, c'est romantique
Les musiciens, pour eux composent
Des complaintes à tour de bras
Des peintres font prendre la pose
À Casque d'Or et ses malfrats
On leur écrit, pour le théâtre
Une pièce violente et drôle
Où faisant mine de se battre
Les loubards jouent leur propre rôle
Mais la justice les rattrape
Et un procès s'ouvre à Paris
Alors de son glaive, elle frappe
Durement les amants transis
Tous deux sont condamnés au bagne
De Cayenne, aux travaux forcés
Casque d'Or seulement témoigne
Elle n'est en rien accusée
Elle reprend sa vie errante
Pendant quelques courtes années
Jusqu'à ce jour où se présente
Un gentil petit cordonnier
En janvier mil neuf cent dix-sept
Après quelques mois à la colle
Dans le quartier de la Villette
Avec son homme elle convole
Elle apprend la bonneterie
Et pendant qu'André ressemelle
Dans la soie enfin elle rit
De cette heureuse vie nouvelle
Durant seize ans elle chantonne
Sur les marchés de Bagnolet
Des Lilas, Montreuil et Charonne
"Ils sont pas chers mes beaux bonnets !"
Amélie, de la phtisie, meurt
Début mil neuf cent trente-trois
Nul homme, plus même son cœur
Pour sa toison ne se battra