• Visiteur, merci de ne pas poster plus de 5 poèmes par jour. Ceci dans le but d'améliorer la visibilité du site.

Agnès Sorel revisitée (v1422-1450)

Filiatus

Maître Poète
Agnès Sorel, vous connaissez !
Si, si, vous avez vu son buste
Vous l'avez cent fois regardé
[Lorgné est plutôt le mot juste]

Vous connaissez, j'en suis certain
Cette dame du Moyen-âge
Qui montre le bout de son sein
En-haut d'un austère corsage

Agnès est née près de Compiègne
En l'an mil quatre-cent vingt-deux
La première année du règne
De Charles VII, le Victorieux

Charles VII ? Pas encore monarque
Victorieux ? Bien loin de l'être encore
Attendons dame Jeanne d'Arc
Pour que nous soyons tous d'accord

Jean Sorel, le père d'Agnès
Est châtelain d'une bourgade
Il est d'une ancienne noblesse
Dont l'ancêtre alla aux Croisades

Après sa stricte éducation
Agnès quitte la Picardie
Pour poursuivre sa formation
Dans la haute aristocratie

Elle est demoiselle d'honneur
Chez la duchesse de Lorraine
Qui est la propre belle-sœur
De la princesse souveraine

Mil quatre cent quarante-trois
C'est l'année cruciale où Agnès
Pour la toute première fois
Croise la vie de son altesse

Charles VII a le coup de foudre
Mais pour ne pas trop le montrer
Sa majesté doit se résoudre
À discrètement l'espionner

Il la fait venir à la cour
Comme dame de compagnie
Aux ordres des dames d'atour
De sa propre épouse, Marie

Bientôt Agnès cède aux avances
Et de maîtresse à favorite
Elle s'habille avec outrance
Et les courtisanes l'imitent

Dépensière bien volontiers
Sur la bourse de son seigneur
Jacques Cœur le grand argentier
Est son principal fournisseur

En plus de cet "argent de poche"
Le roi lui octroie moultes terres
Vernon, Roquesezière et Loches
Ce qui met son fils en colère

Le dauphin ne supporte guère
Les relations tumultueuses
Entre la maîtresse et le père
Et s'en prend à la visiteuse

Il la poursuit dans le palais
Avec son épée à la main
Pour le fuir Agnès disparaît
Dans le lit de son souverain

Exaspéré par l'inconduite
De son mesquin de fils aîné
Le roi bienveillamment l'invite
À s'exiler en Dauphiné

Agnès et Charles font ensemble
Trois illégitimes enfants
Pour le suivant le couple tremble
Car cet hiver est terrifiant

D'autant plus que dans la grisaille
La jeune femme est accourue
Jusque sur le champ de bataille
Où Charles s'est si bien battu

Mais brusquement prise d'un mal
Qui dans son giron se concentre
Agnès tombe dans un râle
Que l'on appelle "flux de ventre"

Elle meurt à vingt-huit printemps
Des suites d'une fausse couche
Et bien que ce deuil fût courant
D'aucuns ont trouvé sa mort louche

Quelle main l'a empoisonnée
La reine cocue ? Le Dauphin ?
Ou celle qui l'a remplacée
Au lit avec le souverain ?
 
Retour
Haut