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1914: les pages ensanglantées

LLUMIERELIVE

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1914 : LES PAGES ENSANGLANTEES



Il y a tout juste 8 jours je mariais la Jeanne-Marie

Dieu qu’elle était belle en sa robe blanche,

L’on aurait dit une communiante au voile fleuri

Malgré l’enfant qu’elle portait en ses hanches…

Je venais depuis peu de rentrer en mon village

Après 3 années au service de la France,

Enfin libéré je revoyais collines et pâturages

Et pouvait étreindre ma douce promise, ma providence…



En ce jour de fête nous avions gravi à la petite chapelle

Accompagnés par un cortège souriant et endimanché,

Il nous escortait joyeusement vers l’autel,

Tous les habitants du hameau avaient été conviés,

Un repas champêtre où chacun avait pris place

Suivi de chansons, de danses aux sons d’accordéon,

De violon, mandoline et contre basse

Et tous de se féliciter de notre union …



Au lendemain tous les clochers des alentours

Se mirent à sonner intempestivement,

Les gardes champêtres battaient du tambour

Et agitaient des affiches en criant

« Mobilisation générale, la guerre est déclarée ! »

Stupeur, effroi, brouhaha de toute part,

Ma Jeanne- Marie tout juste éveillée

Pleurait, ne pouvait envisager mon départ…



Ordre de route en main, je devais rejoindre les troupes

Je souriais, confiant, murmurant à ma jeune épouse

« Je reviendrais bien vite, dans 2 à 3 semaines sans étoupe

Je te promets, les boches, on va te les mettre dans la bouse !

Je serai de retour bien avant la naissance du petit »

Certes, je croyais en mes mots, dur comme fer

Mais n’avais pu apaiser ma Jeanne -Marie

Elle savait que j’allais vers l’enfer…



Déjà décembre…depuis fin Aout je suis dans les tranchées

En première ligne…dans une odeur de cadavres et de sang

Beaucoup de mes camarades ont été tués

Je pense à toi ma femme…tu me manques tant…

Au printemps naitra notre bébé…serais-je revenu ?

Ton ventre doit être rond, empli d’une nouvelle vie…

J’ai froid, je suis gelé, assourdi par le bruit des obus

Et moi qui pensais que cette guerre serait vite finie…




Mars 1915…j’ai un fils ! Baptiste comme moi
Jeanne Marie doit être une magnifique maman…

Je lui ai écrit que je serai là dans quelques mois…

Mars 1916…Baptiste vient d’avoir 1 an

Et je suis toujours là…

Mars 1917…Baptiste vient d’avoir 2 ans

Et je suis toujours là

Mars 1918…Baptise vient d’avoir 3 ans…



11 novembre 1918…l’armistice…

Mais un petit village au fin fond de la Mayenne

Refuse à pavoiser, il ressemble à un hospice :

Des vieillards muets autour de la fontaine,

Des femmes fanées avant l’âge, vêtues de noir,

Le regard vide, le dos vouté,

Des enfants tristes, sans grand espoir

Tant de morts à déplorer …



En 1916 Jeanne- Marie apprenait la disparition de Baptiste

Malgré les conseils elle n’a jamais voulu se remarier

«Non, fi ! Je ne veux point être réaliste !

Veuve que l’on dit, mais il va bientôt rentrer ! »

En mars 1919, le petit Baptiste se mit à bramer :

« M’man, y a un drôle de monsieur, y me fait peur,

Y a des béquilles et y est une mochetée ! »

Le soldat revenait, mais non pas en vainqueur…



Baptiste avait perdu une jambe et « gueule cassée »

Il avait enfin retrouvé sa Jeanne- Marie

Mais il avait été amputé et gazé,

Au village tous étaient heureux et ravis

D’effacer son nom du monument aux morts

Mais les retrouvailles furent de courte durée

Baptiste s’éteignit en fin de thermidor

En les bras de sa fidèle bien aimée…



Et les années se sont nonchalamment écoulées,

Avec douleurs et espérances

Le jeune Baptiste à son tour mobilisé

Rejoignit un groupe de Résistance,

En aout 44 il fut pris et fusillé.

Jeanne- Marie repose auprès de son mari

Dans le petit cimetière de Derdinier

Pour eux, pour leurs âmes, je prie…





Le village de Derdinier n’a jamais existé, du moins à ma connaissance.
Jeanne –Marie, Baptiste et leur fils non plus. Mais cette fiction reflète de douloureuses réalités…

 
Un bel hommage à nos soldats morts pour la France....mon arrière grand-père que je n'ai malheureusement pas connu à aussi perdu sa jambe et il avait aussi une prothèse en bois....pas si fiction que ça cette histoire très proche de la triste vérité de la guerre 1914-1918.....Biz
 
magnifique descriptif ambiant de cette époque de malheur et d'enfer; je pense qu'il faut respecter ces gens là et leur rendre hommage. nous avons étés les vainqueurs parait-il. il n'y a jamais de vainqueurs dans les guerres, juste des morts. merci pour ce concours Murielle....gros bisous
 
Comme si tu l'avais vécu....sans fioritures, mais bien réelle cette fiction que des millions d'hommes ont vécu et hélas en son morts où pire diminués physiquement et marqués à jamais dans leur gènes comme le montre très bien ton petit Baptiste ....
Merci pour tous ces héros qui s'ignoraient...Merci....Très gros bisous....Lys et médaille de diamant...Lys
 
_____De tristes vérités tout de méme , sur cette sale guerre .
Les marchands de Mort ,se sont bien enrichis "une fois de plus"!...Et nos gouvernements ,nous trouvent toujours la bonne raison ,pour la faire.
Un textes bien fait.
Amitiés,Bises.
 
une lecture qui tient en haleine jusqu'à la fin....
sans faire la guerre aux mots, tu fais la guerre aux maux...
Admirable....cette fiction et si criante de réalisme.
Gros bisous
 
Tu as résumé tout ce qui découlait de par le thème que tu avais choisi !
La longue durée du service militaire, ce à quoi on ne voulait croire mais prévisible : la guerre ! le départ 'fleur au fusil'
côté allemand il en était de même... et l'horrible face à face de ces tranchées... tout ce quji pouvait arriver, regrouper sur le pauvre Baptiste... et la sujite 20 ans après !!!
Tu as eu la truculence de l'infâme, beaucoup d'histoires vraies condensées sur ton poème Grosses bises
 
C'est magnifique, tragique, épique, et tellement bien décrit. Mon père qui aurait aujourd'hui 97 ans, a participé à la deuxième guerre mondiale. Juste marié, le lendemain il partait à la guerre et ma mère qui avait 19 ans, ne l'a revu que 5 ans plus tard, il avait été fait prisonnier. J'ai retrouvé des petits carnets remplis de son terrible vécu, et un très joli poème qu'il avait écrit à ma mère et qu'il lui a donné à son retour...peut-être qu'un jour je vous le délivrerai....Bisous et merci pour ton extrême gentillesse Murielle...
 
la der des der croyaient-ils...
je suis admiratif et profondément touché devant tes mots si justes
mon silence s'impose... respect
 
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