Te rappelles-tu de ces envies laissées sur la route
Que tu m’avais tracée sans que je puisse en dévier ?
Elles reviennent maintenant régulièrement me hanter,
Mais elles ont su s’affranchir de nos doutes.
Te rappelles-tu de cette porte que tu m’as dit de laisser ouverte
A celui qui voudrait partir à ma découverte ?
Les gonds se sont rouillés, elle s’est coincée
Mais petit à petit, j’arrive à la pousser.
Te rappelles-tu de cette table que tu voulais toujours dressée
Pour les amis de passage et les étrangers ?
Elle est restée là, j’apprends encore à cuisiner,
Mes fourneaux prodiguent profusion et variété.
Te rappelles-tu de ces guerres dont tu n’as jamais voulu,
De toutes ces horreurs, de ces enfants que tu aurais voulu soigner ?
Ils sont devenus fous, c’est à celui qui saccagera et brûlera le plus,
C’est à ça que ressemble le monde que tu as quitté.
Te rappelles-tu de ta façon presque adolescente de parler de l’amour,
Et même si la vie t’avait aigri, de me vouloir toujours tolérante ?
Comme toi, je n’ai pas de dieu, mais je le prie tous les jours
Que cet amour pour l’Homme ne m’amène pas à une destruction lente,
Que la colère, la rage et la peur que tu as mises en moi,
Ne prennent jamais le pas sur ce que j’ai de bon de toi.
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