Les années ont passé.
Les sourires des lèvres se sont effacés, les larmes ont dévalé les ruisseaux pierreux des joues, les regrets ont eu le temps de mourir. Comme les hommes. Tout ce qu'il nous reste, ce sont les souvenirs. Et ils sont tellement nombreux.
Ils ont ouvragé notre mémoire, depuis le début de notre ère personnelle. Images, parfums, sons, tout cela, ce sont les seules choses qu'il nous reste. Et on les chérit, les souvenirs, les bons comme les mauvais. Ils nous construisent, aussi profondément que nos actes et nos choix.
Tu dois encore te demander pourquoi je t'écris tout cela. Le souvenir. J'ai longtemps pensé que c'était une bulle, plus fragile que le rêve, et encore aujourd'hui, cette idée me traverse l'esprit. Mais, à dire vrai, les souvenirs ne se brisent jamais. Ils sont une sorte de film, dont une image suffit pour en activer la suite.
Je peux te le dire maintenant, cette lettre fait remonter à la surface ces bulles qui ne sont plus si fragiles que cela, et la pellicule projette sur cet écran blanc les couleurs de mon enfance. Ces souvenirs ont le goût des fruits d'été, d'une cerise ou d'une pêche bien sucrée. C'est une période que j'aime revoir, revivre. J'effectue des retours dans le temps sans autre conséquence que la nostalgie. L'enfance et son insouciance ont déserté mon visage. L'innocence s'est envolée, dans les ailes du temps.
L'adolescence la suivait.
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