Le silence se fait autour du tintement léger du carillon.
Les secondes frappent le rythme dans une cadence décalée, où leur chœur sonne faux, égrainé. Les rouages d'une machine plus grande encore que l'homme ne l'imagine se mettent en branle, tremblement suicidaire qui écrase un temps la réalité du rêve qui s'effrite.
Le rideau se lève, pourpre, rouge et or, broderies et draps s'élèvent pour rejoindre un ciel artificiel. Et là, au centre de cette scène au bois usé d'avoir trop vu joué Hamlet ou Dom Juan, droite comme un i, hésitante comme la rosée qui s'enfuit, je suis projetée au-devant d'un public carnassier qui dévore ma vie d'un simple regard.
Insatisfait, il en demande toujours plus, mes malheurs le fait rire et mes joies pleurer. Contradictoire, il se fiche de ce que je pense et ne réclame de moi qu'une image que je suis lasse de lui donner. Ne peut-il pas me laisser en paix, sans nouveau rôle à endosser, je ne suis que l'acteur de son désir, habillée de velours ou de cuir, tremblante sous ses yeux avides et sans vie.
Ce public, c'est le monde et tous ceux qui le peuplent, ceux qui ne veulent de moi qu'un sourire, même si son éclat se ternit avec les secondes, ceux qui ne cherchent en moi qu'un profit jusqu'à ne me laisser que la peau sur les os, ceux qui veulent prendre, prendre encore, jusqu'à laisser au sol mon corps asséché d'avoir, sans fin, trop donné...
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