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Eloge de l'amour d'Orphée

#1
Une main sur le coeur, l’autre encore perdue dans la sienne, la Mort m’a arraché une moitié de mon âme. Elle était la jeunesse, elle était la fraîcheur, elle était la beauté, elle était tout mon coeur. Quand, son corps encore froid dans mes bras, j’ai pensé aux sombres lieux où elle allait seule passer, j’ai cru en la magie de cet être que je venais de rencontrer avec elle. Eurydice, ma belle, un jour n’était rien encore, avant de rencontrer Amour. Et pourtant, sur les feuilles de l’arbre de mon destin était déjà gravé son nom. Son regard s’est tant de fois posé sur moi, et le mien sur elle, avant que je ne sache qu’elle n'était plus que la seule qui réchauffait mon âme.

Son rire enchantait mes jours, et ses moindre larmes faisaient mes nuits. Tout à coup le soleil m’a semblé plus brillant, et un coup de vent faisait frissonner mon coeur de mille murmures. Une flèche avait été lancée, mais je n’en sentais les effets que maintenant. Loin de la douleur promise, elle réveillait mon âme dans un joyeux tapage, et tous les astres se levaient pour voir s’éveiller la belle qui, j’espérais, m’attendais.
Alors, mon coeur devint fou. Tremblant de joie, vibrant de peur, il craignait tout pour elle, il aimait chaque instant, il se transformait d’un seul coup de feu en glace, pour elle, pour un regard, pour un mot, pour un partage.
Et puis un jour, elle a posé sa douce main sur mes plaies, sur ma panique et ma folie. Elle a calmé mes douleurs, rangé mes malheurs, et rafraîchi mes peines. Et mon coeur, de plus en plus, ne pensait qu’à faire d’elle sa seule reine.
Amour a transformé ma vie, tout en y arrivant si tard, et dans ma vieillesse ennemie, j’ai vu apparaître un jour nouveau. Un recommencement de tout, un point de départ pour une nouvelle vie, avec elle, avec elle entière. Je voulais ses montagnes et ses vallées, ses caractères d’argile et de béton, parfois géante parfois colombe, tout en elle allait vers moi, vers la création de tout un monde.

Alors, quand s’est éloigné de moi son souffle par lequel je respirais aussi, j’ai vu la mort m’arracher ce que j’avais de plus précieux. Assis sur les bords du fleuve, mon esprit ne pensais plus. Ces eaux à qui j’avais chanté mes plus beaux poèmes, mes odes à l’être qui me faisait briller de tous mes feux, coulaient désormais dans un désastre morne.
Amour a construit en moi une citadelle d’or pur, et changé mes places fortes. Bousculé mes idées, transformé ma vie tout en gardant le plus beau de moi.
Mais Amour soudain disparu, je ne vis plus. Et la survie m’est pénible. Pour qui désormais chanter mes louanges, et respirer l’air pur des matins naissants? Vivre sans aimer, vivre sans raison, n’est-ce pas la plus terrible des morts?