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#1
Bacharach

Alors que le soleil d’octobre brillait encor
Sur certaines abeilles et sur cette mer d’or
De la vigne et des bois, de vibrants éclats mauves
Accompagnaient nos pas : des sauterelles fauves.


Depuis Kaub nous longions la crête des collines ;
En bas nous entendions les péniches en ligne :
Grondements aquatiques des hélices et remous
De reflets argentiques sur l’eau sombre qui bout.


La nuit nous avions vu, des deux côtés du Rhin,
Le long bruit sec et nu de grands convois de trains ;
Leurs lampes dans le noir nous avaient rappelé
L’étrange train du soir d’un manga japonais.


Après un sol jonché de glands et de cupules,
Le regard accroché au vol des libellules,
Nous avions bruni nos mains sur quelques noix,
Trouvé un petit nid de mousse tombé bas,


Et puis dans un chemin, la rencontre incertaine
De réfugiés syriens ramassant des châtaignes
Avait laissé pensifs nos regards sur la vie :
Sur quel rafiot poussif le mektoub nous convie ?


Plus loin, quelques sarments nous avaient vu tirer
Des grappes aux Allemands, de doux reflets cuivrés.
Dans leurs grains si serrés qui crevaient sous nos doigts
Le jus frais et sucré sentait comme autrefois.


C’est alors qu’apparurent le bourg et son château,
Le schiste des toitures, comme pris dans l’étau
D’un grand pli du relief. Toile peinte d’un art
De l’ancienne noblesse : c’était là Bacharach.


Je crois que c’est Heine qui nous menait ici.
Nous avions lu, plus jeunes, son livre de Rabbi :
Une histoire d’enfant mort et de Juifs accusés,
Un moment où un tort terrifiant est causé.


Aubépin des Ardrets


Première page du brouillon
 
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#3
Super. Malheureusement il ne rappelle pas que de bons souvenirs.
Amicalement
Sentimentale
Merci, Sentimentale, pour cette lecture ;-) J'ai légèrement réorganisé le texte (premier quatrain placé à la fin) et ajouté une photo de la première page du brouillon, celle des premières impressions.
 
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#5
une belle écriture pour dire ces horreurs passées
la description est très "vivante" si j'ose dire au vu de ce qu'elle transmet
Merci, LUZE, pour cette lecture. "vivante" me comble ;-)
Bacharach constitue, dans ma mythologie personnelle, un étrange mélange de romantisme allemand du Rhin, de gentillesse brute et un peu rurale des habitants, d'une certaine âme allemande très profonde (attachée au Rhin et à la nature environnante), mais aussi de malaise persistant : violences contre la population juive à la fin du XIIIème siècle suite à des accusations de meurtre rituel (très courantes dans toutes l'Europe à cette époque) ; ruine "romantique" d'une chapelle construite à partir de cette époque en l'honneur de la jeune victime (réelle, mais trop vite - mécaniquement - attribuée à une pratique juive), Werner, dont le nom ne fut rayé du registre des Saints de l'Église catholique que durant la seconde moitié du XXème siècle... ("Wernerkapelle", manière d'ancrer encore plus profondément - physiquement - le ressentiment contre les Juifs) ; roman fragmentaire de Heinrich Heine (Der Rabbi von Bacharach, Le Rabbin de Bacharach, lu en mes jeunes années et raison initiale de ce passage à Bacharach) écrit au XIXème siècle ; voie ferrée et trains de marchandises (que les jeunes générations n'associent plus à la déportation mais à des mangas japonais...) ; un magnifique château restauré (Burg Stahleck) ayant été intensivement utilisé à l'époque nazie pour la formation des ... jeunesses hitlériennes ; la Lorelei non loin (poème de Heine également, dont les Nazis préféraient taire le nom...
Avec aujourd'hui, une nouvelle composante incontournable de toute l'Allemagne : la présence de réfugiés syriens, que je tenais absolument à faire apparaître dans mon texte (j'avais déjà évoqué cette présence dans le texte Lettre d’Allemagne (Abdullah et Imad))
 
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